De perfect. justit., 21, p
5. Sur ce texte, voir : Ep. 194. 9, fin, M. 33. 877; Denuptiis... 1. 4, M. 44. 415; Contra Jul. 4. 27, M. 44. 751 et 752; Ib. n. 24, p. 750; In Jo. tr. 86. 2,
Justiis ex fide vivit \ lui offrirent une première solution. Il conclut que la grâce nécessaire à la production des bonnes œuvres était accordée à ceux-là seulement qui ont la foi, et il établit la maxime suivante : « C'est la foi qui obtient la grâce nécessaire pour résister au péché ; c'est la grâce qui guérit l'âme du vice; c'est la guérison de l'âme qui donne le libre arbitre; c'est le libre arbitre qui fait aimer la justice; c'est l'amour de la justice qui fait accomplir la loi 2. »
Et la foi elle-même, d'où venait-elle? Jaillissait-elle des profondeurs de notre âme? Ou bien au contraire prenait-elle sa source au ciel? Elle, le principe de toutes les bonnes œuvres, était-elle une grâce? Était-elle le fruit de notre libre arbitre? Jusqu'à son épiscopat, saint Augustin — c'est lui-même qui nous l'apprend ^ — s'était prononcé pour cette dernière hypothèse. Mais diverses formules de l'Écriture lui firent reconnaître son erreur. Notre-Seigneur avait dit : « Personne ne peut venir à moisi mon Père ne l'attire. » Or, que signifiaient ces paroles, sinon que, pour croire au Sauveur, c'est-à-dire pour avoir la foi, il faut être attiré par Dieu et être atteint par la touche de la grâce ^'? Saint Paul surtout avait dit : « Nous sommes justifiés gratuitement par la grâce de Dieu. — Qui est-ce qui a donné à Dieu le premier, pour qu'il ait quelque chose à recevoir en retour? — Dieu donne à chacun la mesure de foi. — Qu'avez-vous, que vous n'ayez reçu? Et si vous avez tout reçu, pourquoi vous glorifiez-vous comme si vous n'aviez rien reçu? » Or l'apôtre aurait-il pu tenir ce langage si, pour croire, nous
M. 35. 1851; De praedest. sayictorum, 20, M. 44, 975; Ad Bonifac. 3. 14, M. 44. 598; De gestis Pelagii, 34, M. 44. 341.
1. Sur ce texte, voir : Cont. Jul. 4. 17, M. 44. 745 : « Absit ut sit in aliquo vera virtus nisi fuerit justus. Absit au tem ut sit justus vere nisi vivat ex fide : Justus entra ex fide vivit. — De praed. sanct. 20, M. 44. 975; Ad Bonifac. 3. 14, M. 44. 598.
2. De spirilu et Ultera, 52; M. 44. 233. « Per legem cognitio peccati, per fidem impetratio gratiae contra peccatuni » : De gestis Pelagii, 34, M. 44. 341; De praedest. sanctorum, 7, M. 44. 965; De patientia, 17, M. 40. 621.
3. Voir : Retract. 1. 23, 2, M. 32. 621 : « Nondum diiigentius quaesiveram nec adhuc inveneram qualis sit electio gratiae... ■> Voir encore : De praedestin. 7, ÛI. 44. 965.
4. Ad Bonifac. 1. 6, M. 44. 553 : « Legant etiam quod ipse Dominus ait : Nemopotest venire ad me... ubi ne quisquam putet aliud dictum esse venire de me quam credere in me. » Ibld. 1, 37, p. 568.
n'avions besoin que de notre libre arl)itre ^? Augustin comprit que la foi était un don divin. A la veille de mourir, il expliqua que le texte : Quid autein habes quod non accepisti, avait le plus contribué à former sa conviction -.
Restait une dernière énigme à résoudre. Tous les hommes n'ont pas la foi : c'est là un fait dont chaque génération donne le spectacle. Quelle est la cause de ce fait? Tient-il à ce que la grâce de croire au Sauveur n'a pas été offerte à tous? Tient-il, au contraire, à ce que cette grâce, présentée à tous, n'a pas été acceptée partons? La seconde solution avait toutes les sympathies. On aimait à dire que Dieu ne refuse à personne le don de la foi. mais que ce don est rejeté par les hommes de mauvaise volonté. Et l'on appuyait ce sentiment sur le célèbre verset des Epitres pastorales : Dieu veut que tous soient saucés ^. Mais, outre que le cas des enfants morts sans baptême restait en dehors de cette explication '*, que devenaient avec elle les textes de saint Paul : « Dieu a pitié de qui il veut et il endurcit qui il veut. — 11 dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je voudrai. — Le potier n'a-t-il pas le pouvoir défaire, avec la même argile, un vase d'honneur et un vase d'un usage vil ^? » Amené par l'état de la controverse à ne se préoccuper que de la grâce efficace et de la volonté absolue de Dieu, l'auteur de Y Enchiridion soutint que ces textes étaient inconciliables avec l'hypothèse d'une grâce universelle de la foi ^; et comme, d'ailleurs, Dieu peut toujours obtenir de nous ce qu'il veut, il conclut que le don de la foi n'était pas donné à tous '.
1. Ep. 194. 6 et 9, M. 33. 876 et 877; De spirilu et lilt. 56 et 57, ]\1. 44. 237. Augustin fait encore appel à d'autres textes qu'on trouvera dans les endroits indiqués.