LA PÉNITENCE
Pendant le cours du deuxième siècle, les chrétiens qui se rendaient coupables de certaines fautes énormes, étaient, en bien des endroits, exclus de l'Eglise; et leur exclusion, sauf certains cas exceptionnels qu'on peut négliger ici, était définitive. Ils pouvaient, au moyen du repentir, se réconcilier avec Dieu, mais non reprendre leur place parmi les fidèles ^ . Toutefois cette discipline sévère, qui avait produit de bons fruits, tant que les communautés chrétiennes s'étaient composées de petits groupes fervents où la surveillance mutuelle pouvait s'exercer facilement, se heurta bientôt à des obstacles divers. Au commencement du troisième siècle, la législation des âges précédents, si l'on peut parler ici de législation, était souvent inapplicable, plus souvent encore inappliquée, et l'on restait sans règle fixe de conduite. Le premier essai connu de réglementation est du pape Calliste. Dans un édit célèbre, dont Tertullien nous a conservé quelques fragments ^, ce pape autorisa les for-
L Voir Petau, Dogmala iheologica, édit. Vives, viii, 178 : « Quae res eo usque progressum habuit, ut atrocioribus quibusdam sceleribus venia indulgentiaque funditus denegata fuerit, nunquam ut cum Ecclesia reconciliari possent. » — Turmel, L'Eschatologie à la fin du iv siècle, p. 37, Paris, Picard; Batiffol, Eludes d'histoire et de théologie positive, p. 87.
2. Tertullien, De pudicitia, l. M. 2, 981. Le grand polémiste, qui déverse l'ironie sur cet édit, n'en nomme pas l'auteur. Pendant longtemps on a cru qu'il visait soit le pape Zéphyrin, soit un évoque de Carthage. Depuis deRossi, ons'accordegénéralementà attribuer l'éditcn question à Calliste. Voir FuNK, Kirc/iengeschichtliche Abhandlungen und Untersuchimgen, \, 155 et suiv.
nicateurs et les adultères à rentrer dans l'Église, après une pénitence déterminée ^ .
Prévoyant l'orage qu'il allait soulever, Calliste eut soin de s'entourer de nomlDreuses autorités scripturaires ^. Et d'abord il fit appel à l'Ancien Testament. Dieu n'avait-il pas dit, par la bouche des prophètes, qu'il était indulgent, miséricordieux, qu'il voulait le repentir du pécheur et non sa mort, qu'il appelait au salut tous les hommes et surtout les lidèles ^ ? Pourquoi donc avait-il permis que les animaux purs et impurs fussent rassemblés pêle-mêle dans l'arche, sinon pour nous apprendre que rÉo-lise devait contenir dans son sein des méchants mêlés aux bons ^'? Et pourquoi avait-il flétri, dans Ezéchiel, les pasteurs qui ne soignent pas leurs brebis malades, qui ne ramènent pas les égarées, qui ne vont pas à la recherche des perdues, sinon pour instruire d'avance les pasteurs chrétiens de leurs devoirs ^?
Passant de là au Nouveau Testament, le pape interrogea les paraboles évangéliques, la parabole de la brebis perdue ^, celle de la drachme " et celle de l'enfant prodigue ^.
1. Tertullten, loc. cit., nous fait connaître la formule de Calliste : « Ego et moechiae et fornicationis delicta poenitentia functis dimitto ».
2. Les lignes qui suivent utilisent Fessai tenté par Rolffs, Das Indulgenz-Eclict des rômischen Bischofs Kallist, p. 62 et 104, pour reconstruire i'édit de Calliste, à l'aide de TertuUien et d'Hippolyte.
3. De pudicUia. 2, M. II, 982 : « Caeterum Deus, inquiunt, bonus et optimus, et misericors et miserator (ps. 111, 4), et misericordiae plurimus (Joël. 2. 13)... non tanti ducens peccatoris mortem quam poenitentiam (Ezech. 18. 23), salvificator omnium hominum et maxime fidelium >> (1 Tim. 4. 10).
4. Cette citation, absente du Depudicilia, nous est fournie par Hippolyte, Philosophoumena, 9. 12. M. 16. 2386. Voir Rolffs, loc. cit., p. 68 et 104. Toutefois Batiffol, Etudes... p. 104, pense que la comparaison de l'arche vise les évêques et les prêtres indignes que Calliste veut soustraire au jugement des fidèles.
5. De pudic, 7. M. 2. 994 : « Denique si meministi prophetarum quum pastores increpantur, puto Ezechielis est vox : Pastores... quod infirmum est non curastis... »
6. De pudic, 7. M. 2. 991 : « A parabolis licebit incipias, ubi est ovis perdita a Domino requisita... sed ovis proprie christianus; et grex Domini Ecclesiae populus... et ideo christianus in ove intelligendus qui ab Ecclesiae gi'ege erraverit. »
7. De pudic. ibid., p. 993 : « Proinde in drachmae parabola... etsi in domo amissam quasi in Ecclesia... »
8. De pudic. 8. ibid., p. 994 : « Eadem itaque caligine circa filiorum quoque duorumparabolam... a vero lumine exorbitant... » Ibid. 9, p. 997 :