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LE POUVOIR DES CLEFS

Dans ces divins enseignements, le Sauveur n'avait-il pas fait une loi de la clémence à l'égard des pécheurs? Et n'avait-il pas laissé entrevoir que cette loi s'appliquait aux pécheurs chrétiens eux-mêmes? Si, dans la parabole de la drachme, il avait eu en vue les infidèles, aurait-il présenté la pièce de monnaie comme perdue dans la maison? Pouvait-on nier que la brebis est toujours le symbole du peuple chrétien? Et, dans la troisième parabole, le symbolisme de l'enfant prodigue n était-il pas clairement établi par celui du frère aîné qui désignait incontestablement le peuple juif ^ ?

Après avoir cité les paraboles, Calliste utilisa les exemples donnés par le Sauveur et par les apôtres. Il rappela que Notre- Seigneur avait permis à Madeleine repentante d'essuyer ses pieds, et donné des marques d'une confiance particulière à la Samaritaine, qui n'était pourtant qu'une vile prostituée 2. Il rappela que saint Paul, après avoir livré à Satan l'incestueux de Corinthe, lui avait accordé le pardon ^ ; et que saint Jean avait, dans l'Apocalypse, suivi la môme ligne de conduite ''.

Restait la preuve suprême, la suprême attestation. Calliste termina son enquête scripturaire en citant la promesse du Sauveur à saint Pierre : Tibi dedi claves regni coelorum^ quaeciimque alligaveris vel soheris in terra erunt alUgata vel soluta in coelis''\ C'est Calliste qui, le premier, a donné une base scripturaire au pouvoir ecclésiastique d'absoudre les pécheurs chrétiens et de les réintégrer dans l'Eglise ^.

« Nam si christianus est qui acceptam a Deo paire substantiam... prodigit... »

1. TertuUien essaie de réfuter les diverses considérations qui précèdent. Il laisse ainsi entrevoir que Calliste les avait présentées.

2. De piidic, 12. p. 1001 : « Aliquid taie pro peccatoribus cdidit Dominus, ut cum peccatrici feminae etiam corporis sui contactum permitlit... ut cum samaritanae... etiam quod nemini facile quis esset ostendit. »

o. De pudic, 13. p. lOOo : «... Apostolum Paulum, in seciinda ad Corinthios, eidem fornicatori veniam dédisse quem in prima dedendum Salanae... pionunliarit. »

4. De pudic, 19, p. 1017 : « Quasi in Apocalypsi (Joannes) manifeste fornicalioni posuerit poenitentiae auxilium. ->

5. De pudic, 21, p. 1025 : « De tua nunc sententia quaero unde hoc jus Ecclesiae usurpes. Si quia dixerit Pclro Dominus : super hanc petram aedificabo Eccicsiam meam ; tibi dedi claves »

G. Dès le milieu du deuxicn^e siècle, Ilcrmas avait promis le pardon des péchés aux chrétiens coupables qui consentiraient à faire pénitence, mais

144 THÉOLOGIE scripturaire; la pénitence.

Il y a, dans l'esprit humain, une tendance naturelle à chercher dans les faits l'expression du droit. On était tellement habitué, çà et là, à voir les grands pécheurs exclus pour toujours de l'Église, que la réforme du pape Calliste parut, aux plus illustres docteurs de l'époque, un abus de pouvoir. Hippolyte \ Origène^ peut-être, Tertullien^, firent entendre des protestations et déclarèrent que les pécheurs, dans la mesure du moins où l'on pouvait les discerner, devaient êtres rejetés hors de l'É-

il avait appuyé cette promesse sur une révélation spéciale et non surd se textes bibliques. — Dans le De poenitentia (M. 1. 1227 et suiv.), Tertuilien conjure les pécheurs de faire pénitence et promet le pardon à ceux qui suivront ses conseils. Toutefois dans les six premiers chapitres, il ne s'occupe que de la pénitence qui précède le baptême, et il prouve la nécessité de cette pénitence par la parole de saint Jean-Baptiste rapportée par saint Mathieu, 3.18 (M. 1. 1229). A partir du chapitre 7, il parle de la pénitence qui suit le baptême, et il prouve qu'elle obtient le pardon (ch. 8, p. 1242). Ses autorités sont : a) les endroits de Y Apocalypse où l'Esprit prescrit aux églises coupables de faire pénitence, prescription qui ne se comprendrait pas, ajoute Tertuilien, si Dieu n'était disposé à pardonner au pénitent; — b) les textes de Jérémie et d'Osée qui donnent à l'homme tombé l'espoir du relèvement; — c) le texte de l'Évangile qui montre les anges se réjouissant au ciel du retour des pécheurs; — d) les paraboles de la drachme, de la brebis perdue, de l'enfant prodigue. Mais Tertuilien ne mentionne pas le pouvoir des clefs. C'est donc bien avec Calliste que commence, sur ce point, la théologie scripturaire.

1. HiPPOLYTE, Phllosophou7nena,9. 12, M. 16. 2386; ORiGÈNE,/n Josue, hom. 21. 1. M. 12. 930 : " Eos saltem ejiciamus quos possumus, quorum poccata manifesta sunt. Ubi enim peccatum non est evidens, ejicere de ecclesia neminem possumus ».

2. De oralione, 28, M. 11.529 : « oOx olS' ôticoç éautoîç xive; ÈTttxpé^'avTt; rà uuèp TYiv lepaxixriv aÎTc'av... aù/oùo'iv w; ouvà(X£voi xat Eloco),o).aîp£Îa; auyyiopeïv [loiyeiaa ts xal Tiopveia; àcpiévai wç Stà irjç, £Ùx^; aOxàJv... >,uo[X£vy]ç xai xi^ç Tipôç èâvaxov àfxapxtaç. » — On a suivi ici le sentiment commun qui, depuis Doellinger, {Hippolyt und Kallist, p, 254) voit dans le susdit texte du De oralione une allusion malveillante à la réforme de Calhste. (Voir : Harnack) Dogmengeschichte'^y 1. 411; Holl, Enlhusiasmus und Bussgewalt, p. 231, qui, tout en évitant de préciser, semble bien adopter cette opinion). Mais FuNK [Kirchengeschichlliche Abhandlungen und Unlersuchungen, I, 159, observe que le De oralione vise, non seulement le pardon des adultères» mais encore le pardon des apostats, et que la date de ce livre, fixée ordinairement aux environs de 230, est peut-être à reculer, (Voir dans le même sens, mais avec plus de décision, Batiffol, Éludes de Théologie positive, p. 109). Ces considérations rendent l'allusion à Calliste problématique. Mais l'attitude rigoriste d'Origène reste solidement établie, au moins en ce qui regarde les apostats. Nous savons d'ailleurs que, vers la fin de sa vie, il admettait la réconciliation des 'adultères et des fornicateurs (Voir p. 147, note 1).

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