‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 236 sur 547 · LA DURÉE DES PEINES DE LENFER · texte numérisé non relu

LA DURÉE DES PEINES DE LENFER

qu'ils sont condamnés à un feu éternel, inextinguible. Et cette assertion, au moins sous la plume de Justin et d'Irénée, est prouvée par les deux textes : « Leur ver ne mourra point et leur feu ne s'éteindra point; — Allez au feu éternel' )). Lorsque, au début du troisième siècle, Origène s'attaqua à cette croyance, il s'inspira avant tout de conceptions philosophiques, qu'on n'a pas à exposer ici. ]\Liis, préoccupé de jeter un vernis scripturaire sur toutes ses théories, il prétendit prouver par les prophètes, notamment par Isaïe^, que les peines de l'enfer étaient destinées à purifier les âmes coupables et qu'elles consistaient dans le remords de la conscience. On sait que l'auteur du Pê- 7'iarchonexevçdi. dans le domaine de l'eschatologie, une influence considérable, et que certains docteurs, dont quelques-uns comptent parmi les premiers, nièrent le feu matériel ou même l'éternité des peines de l'enfer^. Sans nous arrêter à faire de la statistique, bornons-nous à dire que les origénistes du quatrième et du cinquième siècles alléguaient surtout en leur faveur les textes : Numquid ohlwiscetur misereri Deus aut continebit in ira sua miserationes suas? — Conclusit Deus omnia sub peccato ut omnium misereaiur''; — In aeternum et

1. Saint Cvprien se réfère lui aussi à /s., 66. 24, et de plus à Sap. 5. 1.

2. De princip., 2. 10. 6. M. 11.238. In Jerem., 16. 5, M. 13. 445. Dans le premier endroit, il cite : /s., 4. 4 : « Dieu lavera les taches des fils et des filles de Sion; Is., 47. 14 : Tu as des charbons de feu, assieds-toi sur eux, ils te secourront. Dans le second « il cite : 1 Cor., 3. 15 : « Il sera sauvé, non sans avoir passé dans le feu » ; Je7\, 16. 18 : « 11 te punira d'abord pour tes injustices. » Ces textes sont destinés à prouver que les peines des damnés auront une fin. Le caractère métaphorique du feu de l'enfer est établi {De princip., 2. 10. 4. M. 11. 236) sur : Is. 50. 11 : « Marchez à la lumière de votre feu et de la flamme que vous avez allumée »; Rom, 2. 15 : « Leurs pensées les accusent ».

3. L'éternité des peines a été rejetéc par saint Grégoire de Nysse dans : Catechel. 0)^atio,26. M. 45. 69; De anima et resurrectione, M. 46. 152; De morlais, M. 46. 524, etc. Elle a été révoquée en doute par saint Grégoire de Nazianze dans Poem. de seipso, 1. 546. M. 37. 1010. Saint .Jérôme luimême prit parti contre elle dans ses premières années. \oir ihiEphes., 4. 16, M. 26. 503; Ibid., 1. 23. 3L 26. 463; In Eccl. 1. 15. M. 23. 1024; In Habac, 3. 2. M. 25. 1310. — Quant à la doctrine du feu métaphorique, elle a été soutenue par saint Ambroise, In Luc. 7. 205, M. 15. 1751; In ps. 1. 56. M. 11. 952. — C'est elle aussi qui a eu les sympathies de saint Grégoire de Nazianze, Orat., 40. 36, M. 36. 412.

4. Saint Jérôme, In haï., 66. 24, M. 24. 677 cite ces textes et quelques au-

188 THÉOLOGIE scripturaire; l'eschatologie.

in saeculum saeculiW)ims les deux premiers, ils croyaient voir la preuve que la miséricorde divine devait un jour reprendre ses droits ; l'autre leur semblait prouver que l'Ecriture ne prenait pas à la lettre le mot aeternum^ puisqu'elle signalait la durée in saeculum saeculi comme devant venir après in aeternum. Ils concluaient donc que les peines de l'enfer seraient transitoires, malgré le texte : Ite in ignem aeternum, et que les damnés sortiraient un jour de l'enfer. D'ailleurs, lorsqu'on leur objectait que Tépithète aeternum, devait être prise ici dans un sens rigoureux, ils répondaient que la sentence évangélique était une menace, qui ne serait jamais complètement exécutée^. Quant à la doctrine du feu métaphorique, on l'appuyait surtout sur l'histoire du mauvais riche et sur le texte disaïe : Vermis eorum non morietur et ignis non extinguetur. On constatait que le riche en question s'attribuait une langue, par métaphore; d'où l'on déduisait que la flamme dont il faisait mention était, elle aussi, une métaphore ^. Et, dans le texte d'Isaïe, on considérait la seconde partie comme la traduction imagée de la première''*.

Saint Basile^ et, plus tard, Justinien ^ prirent en Orient la défense de l'éternité des peines de l'enfer. En Occident , saint Jérôme", au moins dans ses dernières années, saint Augustin^

très comme étant allégués par les partisans du salut universel. Voir encore saint Augustin, Z)(? civitate, 21. 24.6, M. 41. 740.

1. Voir la lettre d'Orose à saint Augustin, 3. M, 42. 668. D'après Orose, les origénistes d'Espagne s'appuyaient surtout sur ce texte.

2. Saint Augustin, De civit., 21. 24. 4, M. 41. 739, dit que les origénistes de son temps se représentaient la sentence du jugement comme ayant été prononcée : « Minaciter potius quam veraciter ».

3. Saint Augustin, De civit., 21. 10. 2, M. 41. 725, fait allusion à ceci : « Dicerem quidem sic arsuros sine ullo suo corpore spiritus sicut ardebat apud inferos ille dives quando dicebat : Crucior in hac flamma, nisi convenienter responderi cernerem talem fuisse istam flammam quales oculi quos levavit..,qualis lingua cui humorem exiguum desideravit infundi... »

4. Voir saint Jérôme, In haï., 66. 24, M. 24. 676 : « Vermis autem qui non morietur et ignis qui non extinguetur a plerisque conscientia accipitur peccatorum... »

Page 1