Harduin
LA CONTROVERSE MONOTHÉLITE. 221
cette doctrine avec la Tradition, n'essaya pas de se dérober, et il fit l'exégèse de tous les textes qu'on lui objectait. L'un des plus embarrassants était celui de Honorius. Heureusement, cette pièce célèbre avait déjà été défendue par une plume autorisée entre toutes. Le pape Jean IV venait d'expliquer que son prédécesseur, en attribuant une seule volonté au Christ, avait simplement entendu écarter de la nature humaine du Sauveur le conflit, entre la chair et l'esprit, que nous éprouvons tous. Maxime fit observer à son adversaire que cette interprétation devait nécessairement traduire exactement la pensée d' Honorius puisqu'elle émanait de son successeur ^ Pyrrhus en convint et il déclara l'objection résolue. Restaient « l'unique énergie », attestée par saint Cyrille, et « l'opération théandrique » proclamée par FAréopagite. Le moyen de retrouver le dyotliélisme dans ces textes! Maxime expliqua que l'expression de l'évêque d'Alexandrie devait être traduite ainsi : « L'opé ration de la divinité était la même en dehors delà chair et dans la chair ^ ». Il montra, en d'autres termes, que Cyrille avait entendu parler uniquement de la divinité du Sauveur, tout comme le pape Honorius avait eu en vue uniquement son humanité. Quant à la formule aréopagitique, son raisonnement fut à peu près le suivant : supposer que saint Denys a attribué au Christ une seule source d'opération à la fois divine et humaine, c'est lui faire dire que les deux natures constitutives du Sauveur s'étaient fondues de manière à perdre leur identité ; c'est, par conséquent, lui faire dire que Notre-Seigneur n'était ni Dieu ni homme, mais un mélange informe de la divinité et de l'humanité. Saint Denys n'a évidemment pas pu avoir un pareil sentiment. On doit donc conclure que l'expression « nouvelle opération théandrique » désigne simplement la condition dans laquelle se trouvaient la divinité et l'humanité du Christ. Le saint docteur a voulu dire que, dans le Verbe incarné, le Dieu agissait en homme et l'homme en Dieu ^.
Les autres textes allégués par Pyrrhus arrêtèrent peu Maxime, et on peut sans inconvénient les négliger. Un mot cependant