LA LETTRE DE SAINT CÉLESTIN
nonces à Rome par Prosper et Hilaire, ils reçurent du pape saint Célestin une lettre de blâme, qui contenait un pompeux éloge du grand docteur africain. « Augustin, y lisait-on, est un homme de sainte mémoire, dont la vie et les mérites ne sauraient être oubliés. Nous l'avons toujours eu dans notre communion, et jamais aucun soupçon ne la atteint. Sa science lui a valu d'être placé, par mes prédécesseurs, au rang des maîtres les meilleurs. 11 est entouré de l'estime universelle; on l'aime, on le vénère. Il faut donc arrêter les attaques grandissantes dont il est l'objet ^.. »
L'école marseillaise ne se laissa pas déconcerter par ce document pontifical. Elle remarqua que Célestin, tout en faisant le panégyrique de saint Augustin, s'en était tenu à des généralités, et n'avait mentionné aucun des écrits du docteur d'Hippone. Elle conclut que le pape avait entendu recommander, non pas les livres des dernières années où le prédestinationisme s'étalait dans toute sa dureté, mais seulement ceux de la période antérieure 2. Elle alla même plus loin, et Tun de ses premiers représentants, saint Vincent de Lérins, détachant de la lettre pontificale une phrase sans portée, épilogua si habilement sur elle, qu'il parvint à mettre Célestin du côté des évêques gaulois ^. Prosper ignora l'ingénieux plaidoyer du Commonitoriam : il ne put donc le réfuter. Mais il eut connaissance de la supputation chronologique à laquelle les disciples de Cassien se livraient au sujet des écrits de saint Augustin, et il y opposa une réponse énergique, a Comment, dit-il, en parlant des éloges donnés par le pape à saint Augustin, comment peut-on obscurcir un texte si clair ? On argue de ce que la lettre pontificale ne mentionne pas expressément les derniers ouvrages de l'évêque d'Hippone, et l'on conclut qu'elle approuve exclusivement les premiers...
1. Epist. ad Galliarum episcopos, 3, au tome 10 des œuvres de saint Augustin, M. 41. 1756. Voir aussi : M. 50.528.
2. Nous tenons ce renseignement de : Prosper, Contra Collatorem,^^ M. 4A. 1831. Voir aussi : M. 51. 272.
3. Commonit., 32, M. 50. 681. Le pape avait dit : « Desinat, si ita res est, incessere novitas vetustatem. » Vincent s'empare de « si ita res est », et essaie de le retourner contre l'école augustinienne. Voir : Tillemont, 13 862. '
234 THÉOLOGIE PATRISTIQUE; la GRACE.
qu'on lise donc les Livres a Marcellin, les Lettres à Paulin, à Sixte aujourd'hui évêque de Rome, à saint Pinien, au comte Valérien... Et si l'on retrouve, dans tous ces écrits, la doctrine enseignée par le grand évêque dans ses dernières années, qu'on renonce à restreindre la portée de l'éloge apostolique. Le Saint-Siège a approuvé, sans qu'il eût besoin de les lire, tous les livres qui ne diffèrent pas de ceux qu'il a recommandés après les avoir lus ^ «
Et, quand il eut achevé cette dissertation, la dernière œuvre patristique qui ait été provoquée par la controverse semipélagienne, Prosper, s'inspirant de plus de modération fit, lui-même, des réserves sur la portée de l'approbation donnée par le pape à saint Augustin, en ajoutant à la lettre de Célestin la note suivante : « Quant aux problèmes profonds et difficiles que les adversaires des hérétiques ont longuement traités, nous ne les méprisons pas, mais nous ne voulons pas non plus nous en occuper ^. )j