L'ÉGLISE ET LE PAPE
L Composition et notes de l'Eglise.
Quand Calliste se décida à réintégrer dans TÉglise les adultères pénitents, aux références scripturaires que l'on sait, il ajouta l'autorité d'Iïermas^ ; mais nous ignorons à quel texte il fit appel. Clément d'Alexandrie cite — d'ailleurs peu exactement — un long passage du Pasteur'^ ^ qui lui paraît prouver que les péchés commis après le baptême peuvent être pardonnés une fois. Puis, jusqu'aux premières années du cinquième siècle, la Tradition n'est plus appelée à résoudre le problème de l'attitude que doit prendre l'Église à l'égard des pécheurs. Nous la retrouvons enfin dans les écrits de l'évêque d'Hippone. On a vu la réponse de saint Augustin aux donatistes, qui appuyaient leur théorie du baptême sur l'autorité de saint Cyprien. Mais ces sectaires ne se contentaient pas de rejeter le baptême reçu dans l'hérésie. Ils prétendaient que les bons devaient se séparer de la communion des méchants. Ici, l'illustre évêque de Carthage cessait de les patronner, et saint Augustin le leur fit savoir. Il observa, tout d'abord, que saint Cyprien n'avait jamais voulu rompre avec ceux qui pensaient autrement que lui sur la question du
\. C'est ce que prouve la réplique de Tertullien : De Padicilia, 10, M. 2. 1000 : « Sed cederem tibi si scriptura Pastoris, quae sola moechos amatdivino instrumento meruissot incidi... »
2. Stromat., 2. 13, M. 8. 203 et 2%. Yoiv ¥v:sK, Kirchengesch. Abhandlunrjen iind Untersuchungen, 1. 170.
242 THÉOLOGIE patristique; l'église et le pape.
baptême des hérétiques ^ Il rappela ensuite que, dans les premières pages du De lapsis, le saint docteur avait fait de ses collègues dans l'épiscopat un tableau peu flatteur. « Et pourtant, ajouta-t-il, Cyprien ne rompit pas la communion avec ces avares, ces concussionnaires et ces usuriers : il se contenta de ne pas imiter leur conduite -. » Enfin, il cita un long extrait d'une lettre, dans laquelle l'évêque de Cartilage parlait de laisser l'ivraie dans le champ de l'Eglise. « Quoi de plus clair, s'écria alors Augustin, quoi de plus vrai que cette pensée de Cyprien?... Vous voyez que ceux-là sont très méchants qui, sous prétexte de ne pas se souiller au contact des méchants, abandonnent l'unité de l'Église. Vous voyez que ceux qui ne veulent pas tolérer l'ivraie dans le champ du Seigneur, s'expulsent eux-mêmes de ce champ ^. »
Pour démontrer que la véritable Eglise pouvait être réduite à un petit troupeau, les donatistes alléguaient un passage de saint Hilaire, où l'arianisme était présenté comme ayant submergé presque totalement la foi chrétienne. Saint Augustin expliqua que le texte en question devait être entendu cum grano salis, et que les donatistes faussaient la pensée de l'évêque de Poitiers '*. Ce fut la seule intervention de la théologie patristique dans la discussion sur la catholicité de l'Eglise.
Dans la lettre qu'il écrivit aux eusébiens, au sujet de saint Athanase, le pape saint Jules leur reprocha d'avoir violé la coutume, en s'arrogeant le droit de juger l'évêque d'Alexandrie. « Ignorez-vous donc, leur dit-il, qu'il est d'usage de nous écrire, avant de rien décider? Si vous aviez quelque grief contre l'évêque d'Alexandrie, vous deviez en référer ici ^. » Par ces
\.Ep. 108. 9,M.33. 410;£)3. 93. 41, p.311.