‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 305 sur 547 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'auteur de la Somme théologique expliqua que le Christ devait faire des miracles pour prouver aux hommes l'origine céleste de sa mission ^ ; mais, après avoir présenté rapidement cette observation, il passa à des considérations métaphysiques. Avant lui, Tauteur des Sentences n'avait même pas parlé des miracles. On voit par là que la théologie didactique du moyen âge laissa en dehors de ses préoccupations le problème de la mission divine du Sauveur. On pourrait être tenté de croire que la théologie apologétique partagea la même insouciance, car on la retrouve, sauf pourtant un chapitre très subtantiel, 1-6, dans le livre qui résuma la défense de la foi contre les païens : je veux parler de la Somme philosophique. On ferait erreur.

Pendant tout le moyen âge, la controverse juive, sans jamais sortir du second plan, ne cessa d'alimenter la littérature théo-

l. Summa theoL, 3. 43. L

254 THÉOLOGIE scripturaire; la. mission divine du christ.

logique. Au neuvième siècle, Agobard puis Amolon écrivirent : l'un ses livres De insolentia judaeorum, De cavenda superstitione jLbdaeorum, De judaïcis superstitionibus ^ ; l'autre son Liber contra Judaeos'^. Plus tard, Fulbert de Chartres ^, Pierre Damien ^, Guibert de Nogent^, Gislebert^, Pierre le Vénérable", Abélard ^, Pierre de Blois*^, Raymond Martin ^^, Victor Porchet^^ Jérôme de Sainte-Foi ^^, prirent, eux aussi, la plume pour combattre les Juifs. C'est dans ces écrits que la preuve des prophéties messianiques, fondée jadis par les Pères, s'est conservée ; ce sont eux qui nous l'ont transmise. Non pas que tous fassent œuvre de théologie positive. Les livres d' Agobard, par exemple, n'ont d'autre but que d'engager les chrétiens à fuir le contact des Juifs. De même, le Dialogue d'Abélard, quand il ne se meut pas dans le domaine de la métaphysique, se borne à faire l'apologie de la religion mosaïque. Mais la plupart d'entre eux sont destinés à prouver que les prophéties messianiques ont été réalisées par Jésus-Christ. La discussion de la prophétie de Jacob y occupe ordinairement une place considérable; elle absorbe à elle seule le petit écrit de Fulbert de Chartres. La prophétie de Daniel y est, d'ordinaire, plus longuement encore traitée.

Toutefois, jusqu'au treizième siècle, on se borna à utiliser les Pères des premiers siècles, surtout Tertullien et saint Jérôme. Pierre Damien, par exemple, et Pierre le Vénérable se réfèrent, pour l'explication des semaines de Daniel, au docteur de Carthage. C'est dire assez que la controverse juive, du neuvième au treizième siècle, n'a rien à nous apprendre. Elle se renouvela à partir du jour où Raymond Martin fit paraître le

1. De insolenlia judaeorum, M. 104. 119. Les autres traités sont à la suite.

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