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LA TRINITÉ. — LE FILIOQUE

Une place à part doit être accordée au dogme de la procession du Saint-Esprit qui, du neuvième au quinzième siècle, fut l'objet de controverses sans cesse renouvelées. Quand nous aurons exposé les recherches scripturaires auxquelles donna lieu la question du Filioque, nous dirons comment fut démontré par les scolastiques le dogme de la Trinité.

En 767, un concile se tint à Gentilly pour recevoir l'ambassade adressée à la France par Constantin Copronyme. Les délégués de l'empereur byzantin étaient chargés d'une mission politique qui ne nous est pas connue. En assistant à la messe, ils constatèrent avec surprise l'insertion des mots Filioque dans le symbole de Nicée. Ils firent à ce sujet des observations qui reçurent un mauvais accueil ^ . A partir de ce jour, on sut en Occident que l'Église de Constantinople n'attribuait pas au Fils une part égale à celle du Père dans Fceuvre de la procession du Saint-Esprit, et on résolut de combattre cette erreur. Charlemagne commença tout d'abord par consulter son théologien Alcuin, et il lui demanda un rapport écrit sur la question. Le savant saxon se mit à l'œuvre, et bientôt il put présenter au puissant roi \q De processione Sancti Spiritus'^ (vers 785). Ce

L Hefele, Conciliengeschichte, 3. 400.

2. Libellus de processione Spiritus Sancti, M. lOL 65. On a voulu récemment enlever à Alcuin la paternité du Libellus. Je crois qu'on a eu tort. Ce

LE FILIOQUE PROUVE PAR ALCU1\. 257

livre est le premier traité qu'ait provoqué le débat du Filioque. Depuis longtemps, saint Augustin et les autres docteurs latins des siècles suivants avaient signalé les textes scripturaires qui faisaient dériver aussi du Fils la troisième personne de la Trinité. Alcuin n'avait donc qu'à utiliser leurs travaux. On doit reconnaître qu'il s'acquitta imparfaitement de sa tâche. Il commença par citer l'endroit de saint Luc où nous lisons qu'une vertu sortait du Sauveur et guérissait tous les infirmes, et il y ajouta ce commentaire : « Les mots quia mrtus de illo exibat prouvent que le Saint-Esprit procède du Fils, car c'est lui qui est la vertu désignée ici ^ » Il rappela ensuite que Notre- Seigneur avait dit à ses apôtres : Accipite Spirilum Sanctum ^. Il fit enfin valoir les formules : Spiritum Christi^ Spiritum Filii sui^ employées par les apôtres saint Pierre et saint Paul, et qui présentaient le Saint-Esprit comme appartenant au Fils ^. Manifestement le De processioiie Sancti Spiritus est une œuvre hâtive. Pressé par le temps, son auteur n'a pu mettre à profit les matériaux qu'il avait devant lui pour établir la preuve scripturaire de la procession du Saint-Esprit.

Alcuin se retrouva bientôt en face du même problème. C'était en 790, trois ans après le second concile deNicée. Les actes de cette assemblée venaient d'arriver en France, et on y avait remarqué, entre autres erreurs, la négation du Filioque. Alcuin prit de nouveau la plume, cette fois au nom de Charlemagne lui-même, et il écrivit les Libres carolins. Il se mit d'abord en devoir d'établir la divinité du Saint-Esprit, qui lui semblait menacée par la théologie des Grecs. Dans ce but, il fit appel aux textes suivants déjà apportés par les Pères des quatrième et cinquième siècles : Verbo Domini coeli firmati sunt et Spiiitu oris ejus omnis nrtus eornm... Emitte Spiritum tuum et creahuntur... Spiritus diç^inus est qui creavit me... Utquid Satanas implevit cor tuum, mentiri le Spiritui Sancto P Non es menlitus

traité est précédé d'une lettre adressée au « sérénissime Auguste Charles » lequel, d'après le contexte, ne peut être que Ciiarlemagne. L'auteur déclare avoir écrit sur l'ordre du roi : « Secundum vestrae sublimitatis jussionem conscripsi. »

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