Summa theol
5. On fait ici abstraction de certaines dissertations étrangères à la théologie proprement dite, comme celle qui a trait à la situation du paradis terrestre, etc.
274 THÉOLOGIE SCRIPTURAIRE; le PECHE ORIGINEL
thèse sur la grâce, accordée, en même temps. que l'existence, à notre père commun, le docteur angélique mentionne bien l'endroit de l'Ecclésiastique où on lit : Deus fecithominem rectum; mais lui-même nous avertit de ne pas accorder à cette preuve une valeur absolue ^ Ce fut surtout à la lumière de la Tradition et des convenances théologiques que les docteurs du moyen âffe décrivirent l'état de l'homme avant sa chute. D'ailleurs, une partie considérable de leurs efforts se dépensa à fournir des explications sur lesquelles l'Écriture gardait un mutisme absolu.
Quand apparurent les premières Sommes^ Abélard venait de présenter sa théorie du péché originel, d'après laquelle nous n'héritons de notre premier père que les peines dues à son péché. Il fut presque universellement abandonné ^. C'est ce qui explique que les docteurs du douzième siècle, après avoir prouvé la transmission de la faute d'Adam à sa postérité, firent une thèse spéciale, pour démontrer que la souillure apportée par chacun de nous en naissant est un péché proprement dit. Le premier point fut établi à l'aide du texte de saint Paul : Per unum hominem peccatum intravit in hune mundum ^. Quant au second point, Hugues crut pouvoir le mettre en évidence au moyen du même témoignage, auquel il adjoignit cet autre endroit de VEpUre aux Romains : Per inohedientiam unius peccatores constituti sunt multi^. Il fit remarquer que l'apôtre saint Paul n'aurait pas pu parler ainsi, si nous n'héritions que des peines encourues par Adam coupable. Roland apporta, dans le même but, la parole : Ut destruatur corpus peccati, qui lui sembla prouver que le baptême remettait un péché proprement dit et non une simple peine ^. En revanche, Pierre Lombard, qui pourtant aimait à suivre l'abbé de Saint-
1. Summa theoL, 1. 95. 1. Le saint docteur apporte le même texte dans un autre endroit (I. 91.3) pour prouver que le corps humain est convenablement organisé.
2. Voir : Turmel, Histoire du dogme du péché originel, « Revue d'Histoire et de Littérature religieuses », 1902, p. 516 et suiv.
3. Hugues, Swnma Sent., 3. 10, M. 176. 105. Pierre Lombard, Sent. 2. dist. 30. 1. Roland, dans (jietl, Die Sentenzen Holands, p. 129.