De praedestinatione, 7, M
LA CONTROVEUSE PRÉDESTINATIENNE. 279
divine. 11 nous explique ailleurs que les décrets de Dieu sont fondes sur sa prescience, et que l'on doit éclairer par ce principe tels textes des Proverbes et de V Ecclésiastique qui semblent présenter le Seigneur comme prédestinant l'impie au supplice '.
^lais pendant que Raban Maur et Hincmar condamnaient la doctrine de Gottescalc, plusieurs évêques et docteurs prenaient ouvertement parti pour elle. Ratramne de Corbie, Loup de Ferrières, Prudence, évêque de Troyes, Rémi, évêque de Lyon, enseignèrent que Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes; que le Sauveur n'a pas répandu son sang pour tous ; et que certains hommes étaient prédestinés — non pas sans doute au péché — mais à lenfer, comme d'autres étaient prédestinés au ciel. Eux aussi, tout autant que Raban Maur, crurent avoir l'appui de TEcriture. Le premier de tous (849), Prudence dressa la liste des textes inspirés qui lui semblaient enseigner le particularisme de la grâce. Il cita d'abord les paroles de la Cène. « C'est à la Vérité toute-puissante, dit-il, c'est à la Vérité incarnée de nous dire si le sang du Fils de Dieu a été répandu pour tous les hommes, ou seulement pour quelques-uns, c'està-dire pour les prédestinés... Matthieu raconte que le Sauveur, après avoir pris le calice et rendu grâces, dit : Buvez en tous, ceci est le sang du Nouveau Testament, qui sera répandu /»o«r beaucoup. On lit également dans Marc : qui sera répandu pour beaucoup. Dans Luc : ... qui sera répandu pour vous... Ainsi donc la Vérité n'a pas dit : « pour tous » mais « pour beaucoup ^ ». Après avoir commenté les paroles de la Cène, l'évêque de Troyes parcourut l'Ancien Testament. 11 y remarqua ce texte de V Ecclésiaste : « Personne ne peut sauver ce que Dieu a perdu » ; cet autre des Psaumes : « Il n'a pas agi de la sorte à l'égard de toutes les nations » ; et l'endroit de V Ecclésiastique qui montre Dieu élevant les uns, humiliant les autres, sanctifiant ceux-ci, maudissant ceux-là, traitant les hommes à sa guise comme le potier traite l'argile ^. Arrivé au
\. De praedeslinalione, p. 106.