PROUVÉE PAR LES PROPHETIES
Saint Justin, qui avait opposé aux Juifs les prophéties messianiques, estima que leur puissance de démonstration n'était pas limitée aux enfants d'Israël. Donc, après avoir préalablement établi l'antiquité des Écritures, il inséra dans sa première Apologie les oracles de Jacob, de Miellée, d'Isaïe et des autres prophètes, relatifs à l'époque de la venue du Messie, au lieu de sa naissance, à sa mort et aux diverses particularités de sa vie '. La conclusion qui se dégageait de ces prophéties était que Jésus, en qui elles avaient reçu leur accomplissement, avait, sinon une nature divine, au moins une mission providentielle. C'était tout ce qu'il fallait pour convertir au christianisme les serviteurs des idoles. Aussi l'exemple donné par saint Justin fut, de bonne heure, suivi par les apologistes, notamment par saint Cyprien^ et par Lactance ^. Quand, plus tard, saint Augustin eut à exposer la théorie des motifs de crédibilité, il mit en première ligne les prophéties ''. De la controverse juive pour laquelle elles avaient d'abord servi, les prophéties messianiques passèrent à la controverse païenne. Ici se présente un phénomène qui mérite d'attirer notre attention. Dans le Dialogue aç^ec Tryphon, saint Justin, tout en reconnaissant que le Sauveur opéra des guérisons miraculeuses et ressuscita môme des morts, ne mentionna ces prodiges qu'en passant, et on peut dire qu'il les laissa en dehors de sa démonstration •'. Tertullien ne leur fit aucune place dans son livre Adversus Judaeos. De même, dans sa première Apologie^ Justin ne mentionna que deux fois les miracles évangéliques. Et l'une et l'autre de ces mentions furent également rapides. La première avait pour but d'excuser les chrétiens d'attribuer des prodiges au Christ, et elle les excusait par cette raison que les païens mettaient sur le compte