‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 330 sur 547 · Epist. ad Hincmarum et Parduhcm, 4, p. 978 et · texte numérisé non relu

Epist. ad Hincmarum et Parduhcm, 4, p. 978 et

2. Ibid,, 4, p. 979. Noter, au milieu de ce texte la formule : « omnes homines vult salvos fieri » qui est une interpolation manifeste.

LA CONTROVERSE PRÉDESTINATIENNE. 281

la vaste compilation patristique qu'il composa pour la défense de Gottescalc, Ratramne inséra cà et là quelques attestations scripturaires, telles que les suivantes : Dieu a pitié de qui il veut et il endurcit qui il veut. Considérez les œuvres de Dieu; personne ne peut corriger celui qu'il a rejeté. Est-ce que le potier ne peut pas tirer de la même argile un vase d'honneur et un vase dignominie? — Loup de Ferrières expliqua qu'on ne devait pas entendre le texte : Deus i^iilt omnes homines salvos fieri, comme si le Seigneur avait le désir de sauver tous les hommes, mais ne pouvait le réaliser à cause de certains obstacles. Puis il proposa les trois interprétations qu'on a vues plus haut. Rémi recueillit tous les passages de l'Ancien et du Nouveau Testament qui lui parurent favoriser la doctrine de Gottescalc ^ Mais ces écrivains — au moins les deux derniers — utilisèrent le travail de l'évoque de Troyes. Quant à Ratramne, il s'est presque exclusivement cantonné dans l'étude des Pères et n'a fait qu'effleurer les textes bibliques. C'est Prudence qui a construit la preuve scripturaire du prédestinatianisme, comme c'est Raban Maur qui a donné ses appuis scripturaires à la doctrine opposée.

Les conciles qui essayèrent de mettre fin à la controverse prédestinatianiste ne firent à peu près jamais appel à la théologie scripturaire. Ils ne rentrent donc pas dans le cadre de cette étude. Disons simplement que les prédestinatiens, qui d'abord affichaient une attitude agressive, se virent bientôt obligés de céder du terrain. Au concile de Sens (853), Prudence n'osa plus dire que le Sauveur était mort uniquement pour les prédestinés, et, sans aller jusqu'à Tuniversalisme, il étendit le bienfait de la rédemption à tous les croyants 2. Au concile de Savonières (859)^ Rémi fit de nouvelles concessions ^. Enfin à Toucy (860), Hincmar réussit à faire approuver sa doctrine. Il

1. Voir Lupus, De tribus quaestionibus , M. 119. 636; Rémi, Liber de tribus epislolis, n. 13, M. 121. 1006 à 1010; De lenenda scriplurae verilale, 12. M. 121. 1116; RATPiAMNE, De praedestinalione Dei, 2, M. 121. 59.

2. Prudence, Epistola tractoria, 3, M. 115. 1366. Voir : IIefele, Conciliengesch., 4. \80.

3. Nous tenons ce renseignement de IIincmak, Epistola adregem,Gn tête de son De praedest., M. 125. 66.

282 THÉOLOGIE SCRIPTURAIRE; la GRACE.

est vrai que l'habile métropolitain usa de diplomatie. Il écarta avec soin de son mémoire les questions les plus irritantes et passa notamment sous silence le problème de la prédestination. Mais personne ne fut dupe de ses ménagements. Tout le monde comprit que sa lettre synodale condamnait tacitement la prédestination à l'enfer. Le parti de Gottescalc était

vaincu ^ .

Quand, trois siècles plus tard les scolastiques reprirent l'étude de la grâce, ils choisirent d'abord pour guide saint Augustin. Hugues et Pierre Lombard résumèrent la doctrine de Févêque d'Hippone. Or l'auteur du De praedestinatione sanctonun avait donné à ses thèses une large base scripturaire, et on ne pouvait guère lui emprunter ses idées sans lui emprunter ses références. Hugues et Pierre Lombard donnèrent donc la liste des textes bibliques qui mettent en relief le rôle de la grâce dans l'œuvre du salut. Le travail de l'abbé de Saint-Victor n'est qu'une ébauche imparfaite ^ ; seul l'exposé des Sentences m.éY\ie, de fixer l'attention. On y retrouve tous les textes sur lesquels saint Augustin s'était jadis appuyé pour prouver que la grâce prévient le libre arbitre et le fait vouloir le bien ; que la foi est l'œuvre de la grâce ; et que la volonté sans la grâce peut éprouver un certain désir du bien, mais non cette délectation qui seule le fera passer à l'acte ^.

On en resta là jusqu'au treizième siècle. Avec Alexandre de Halès cet état de choses changea. Alors la doctrine de la

1. HiNCMAR, Ep.21, M. 126. 122; Harduin, Acta conciliorum,b. 511.

2. Summa Sentent., 3. 7, M. 176.99 et siiiv.. Il fait appel aux textes : « Et gratia (on lit aujourd'hui misericordia) ejus praeveniet me (ps. 58. 10); Gratta Dei sum id quod suni{\. Cor 15. 10) ; Operatur velle etperficere (Phil., 2. 13).

3. Sent., 2, 26 et suiv.. Aux textes cités par Hug-ues, il ajoute: Non volentis neque currentissed miserentis est Dei (Rom., 9. 16); Justificaii ergo ex fide (Rom., 5. 1); justificati gratis per gratiamipsius (Rom., 3. 24); A'on quod sufflcienles simus cogitare aliquid quasi a nobis (II. Cor., 3.5.); Concupivit anima mea desiderare (Ps. 118.20), etc. 11 conclut de ce dernier texte, avec saint Augustin, que l'àme peut avoir par elle-même le désir de la vraie délectation du bien, mais non cette délectation elle-même.

RÉACTION ANTIAUGUSTINIENNE. 283

grâce habituelle fit son apparition ', et il y eut une entente presque générale pour restreindre la nécessité de la grâce en étendant la sphère des pouvoirs de la nature. En d'autres termes, un progrès fut réalisé et ce progrès fut accompagné dune réaction contre Taugustinisme, réaction qui, on va le voir à l'instant, rencontra un illustre adversaire. La doctrine de la grâce habituelle ne donna lieu à aucune recherche biblique. Il n'en fut pas ainsi du mouvement anti-augustinien. On admettait que l'homme peut observer la loi naturelle par ses propres forces, et qu'il peut se disposer de lui-même à la grâce. On voulut s'appuyer sur l'Ecriture. Hâtons-nous de dire que les investigations ne furent pas longues. On trouva les preuves dont on avait besoin dans les textes qui s'étaient dressés devant la théorie augustinienne comme des objections à résoudre. Durand prouva par le texte : Hominis estanimam praeparare, que l'homme peut, par le seul usage de son libre arbitre, se disposer à la grâce ^. Il démontra également, par la célèbre parole de saint Paul : Gentes... natur aliter quae legis siintfaciunt, que nous trouvons en nous les forces nécessaires pour observer les préceptes divins ^. Quant aux textes qui proclamaient la nécessité de la grâce, on expliqua qu'ils avaient en vue le bien surnaturel^.

Durand semble s'être soucié médiocrement de la tradition augustinienne. Saint Thomas lui était resté plus fidèle. Non pas que le docteur angélique ait constamment parlé comme l'évêque d'Hippone. Dans ses premières années il se laissa entraîner par le courant qu'avait créé Alexandre de Halès. A preuve, l'endroit du commentaire sur les Sentences où le texte : Cons>erlimini ad me et ego conç^ertar ad ç^os est apporté pour prouver que l'homme peut se préparer par lui-même à recevoir la grâce ^. Mais l'étude modifia ses idées : la Somme contient la doctrine que Ton vient de rencontrer dans Pierre Lombard, et cette doc-

1. Alexandre est le premier à parler de la grâce habituelle (*Swmwa theolof/iae, 3. qu. 69membr. 2. art. 1).

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