LA VIRGINITÉ IN PARTU
traverse le cristal? Tel était le problème agité dans certains monastères de Germanie. Apprenant que les sympathies allaient à la seconde opinion, Ratramne entreprit de la combattre. Il écrivit, dans ce but, le De natwitate Christi, où il s'efforça de démontrer que rejeter la naissance du Christ par la voie ordinaire, c'était se mettre en opposition avec le texte de saint Luc : Adaperiens vuhaiii^. Il ajouta du reste que son sentiment respectait l'intégrité absolue de la sainte Vierge ^. Mais le livre de Ratramne fit scandale. Pour rassurer les esprits troublés, Paschase Radbcrt composa le traité De partu virginis où il établit que la naissance du Sauveur avait dû se faire en dehors des lois naturelles^. Son procédé de démonstration fut, avant tout, rationnel et consista à affirmer que l'intégrité des organes — à laquelle Ratramne faisait profession de croire — eût été inévitablement lésée par une naissance conforme au cours naturel des choses''*. INIais il fallait répondre au texte : Adaperiens <^iilçam. Paschase fit observer que saint Luc avait été conduit à employer cette formule par une citation de l'Ancien Testament, uniquement destinée à expliquer comment le Sauveur avait été présenté au temple en qualité de premierné. Jl déclara donc que l'expression dont Ratramne se faisait un rempart était venue accessoirement sous la plume de l'évangéliste, et qu'on ne devait y attacher aucune importance ^. Disons en terminant que les deux petites querelles dont on vient de lire le résumé n'eurent pas de suite. La doctrine de l'assomption corporelle de Marie fut unanimement admise, à partir du douzième siècle, non sans doute à titre de dogme, mais comme une pieuse croyance. Quant à Ratramne, il n'obtint guère que le suffrage de Durand ^.
1. be nativilate Christi, 4, M. 121. 87. Il objecte également (1 et 4, p. 83 et 87) que la prophétie d'Isaïe présente la Vierge, non seulement comme concevant, mais comme enfantant son fils. Maison voit par la réponse de Paschase Radbert que le texte : Adaperiens vulvam était son principal argument.