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CHAPITRE X

L'EUCHARISTIE

Du neuvième au douzième siècle, la présence réelle de Notre - Seigneur dans le sacrement de l'eucharistie et la transsubstantiation subirent divers assauts que les docteurs durent repousser. A partir du douzième siècle, le calme qui se fît dans les esprits permit aux théologiens d'étudier, sous ses divers aspects, et d'exposer méthodiquement la théologie de l'Eucharistie. Il y a donc eu ici une phase polémique à laquelle a succédé une phase didactique.

I. La controverse eucharistique du neuçième au douzième siècle.

En 831, Paschase Radbert, moine de l'abbaye de Corbie, écrivit, pour l'un de ses disciples, le De corpore et sanguine Domini^ . Ce livre, qui est comme la première Somme de l'Eucharistie, passait en revue tous les problèmes que soulève le sacrement de nos autels. On y apprenait, par exemple, pourquoi l'eucharistie est célébrée avec du pain et du vin, pourquoi le vin y est mélangé d'eau, pourquoi on met dans le calice un fragment d'hostie, pourquoi l'eucharistie a été instituée la veille de la Passion, et pourquoi l'on reçoit à jeun un sacrement que le Seigneur a institué à l'issue d'un repas 2, Mais ces questions et d'autres analogues n'y étaient traitées qu'accessoirement. La pensée maîtresse du livre était la démonstration de

L Liber de corpore et sanguine Domini, M. 120. 1267 et suiv. 2. Ibid., IO5 11; 19; 18; 20, p. 1303; 1307; 1327j 1326; 1330.

PASCHASE HADBEUT I-T HATRAMNE. 307

la présence réelle. L'auteur voulait avant tout établir 'solidement que, sous la ligure du pain et du vin, se cachent dans Teucharistie, après les paroles de la consécration, la chair et le sang du Sauveur; non pas une chair quelconque, mais « celle qui est née de Marie, qui a soulï'ert sur la croix et qui est sortie du sépulcre *. »

Paschase demanda la preuve scripturaire de la présence réelle, à la fin du discours de la multiplication des pains et aux paroles de l'institution de Feucharistie. « Que le corps et le sang du Sauveur soient véritablement dans le mystère après la consécration, on ne peut, dit-il, en douter pour peu que l'on croie à la parole divine. Celui qui est la vérité mémo a enseigné : Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. Il a ajouté, pour bien expliquer à ses disciples de quelle chair et de quel sang" il entendait parler : Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Donc s'il y a vraiment une nourriture, il y a de la vraie chair, et s'il y a vraiment un breuvage, il y a du vrai sang. S'il n'y avait une vraie chair, que signifieraient ces paroles : Ce pain que Je donnerai^ c'est ma chair pour le salut du monde-'^... La vraie chair du Christ est donc là, celle qui a été crucifiée et ensevelie... car le Seigneur a dit lui-même : Ceci est mon corps. O homme, ne sois pas surpris! Ne cherche pas ici l'ordre de la nature! Si tu crois que cette chair a été formée dans le sein de la Vierge Marie par la puissance du Saint- E.sprit, de manière à devenir la chair du Verbe, crois aussi que le corps du Christ, celui qu'il a reçu de la Vierge, est formé ici par le Saint-Esprit dans la parole du Christ! ^ »

Le De corpore et sanguine Domini, écrit d'abord pour un ami '', garda pendant une douzaine d'années le caractère confidentiel qu'il avait à l'origine. Mais, en 844, Paschase, élu abbé de son monastère, estima que le moment était venu de faire paraître son livre au grand jour, et il le dédia à Charles le

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