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LES DOCTEURS DU XIIF SIECLE

siècle, était une exception, devint la règle au siècle suivant. On établit d'abord que l'eucliaristie contenait le corps et le sang du Sauveur; on établit ensuite que la substance du pain et du vin disparaissait à partir de la consécration ^ Divers procédés furent employés pour prouver la présence réelle. Alexandre de Halès fit appel au texte : Hoc estcoi-pusmeuin'-; Albert le Grand à la raison 3; saint Thomas à la Tradition'*; saint Bonaventure à : Hoc est corpus meiim — Partis quem frangimus — Ecce ego vohisciim sum'^\ Duns Scot à : Hoc est corpus meum^. Néanmoins la divergence fut plus apparente que réelle. A lire Albert le Grand on sent que, tout en ne citant aucun texte biblique, il s'inspire de : Hoc est corpus meum. Ces mêmes paroles servent manifestement de point de départ à la dissertation du docteur angélique, qui du reste est amené par une référence patristique à les citer accessoirement. En somme, les mots : Hoc est corpus meum furent la grande preuve scripturaire de la présence réelle.

Leur intervention dans la preuve de la conversion fut moins constante. Albert, saint Thomas, saint Bonaventure eurent recours à euxpour prouver la transsubstantiation. « Les mots : Hoc est corpus meum ne seraient pas vrais, dit le docteur angélique, si la substance du pain restait. Dans ce cas, en effet.

10, M. 192. 861, se borne à dire que les textes qu'il vient d'apporter pour prouver la présence réelle prouvent aussi la « conversion ».

1. Alexandre de Ilalès, par un phénomène bizarre, suit l'ordre inverse. Il prouve d'abord {Summa theol. IV, qu. 10, membr. 5, art. 3. § 1) la transsubstantiation; puis {ibid., membr. 7, art. 3, g 1) la présence réelle.

2. Loc. cit. : « Utrum corpus Christi vere sit sub formis sive sub speciebus illis? Quod sic, vidctur manifeste ex verbis ipsius veritatis, scilicet Christi dicentis : Hoc est corpus meum quando consecravit et formam consecrandi aliis dédit. Nisi cnim corpus suum ibi fuisset secundum veritatem, non affirmasset illud ibidem fuisse. Quum ergo idem demonstraturnuncin prolationeliorumverborum... quod tune... constat quod verum corpus Cliristi modo est sub illis speciebus sicut et tune. »

3. In Sent., 4. dist. 10. Tout entière consacrée à la présence réelle, elle no renferme aucune référence soit scripturaire soit patristique.

4. Summa, 3. 75. 1. Le texte : Hoc est corpus meum n'y vient qu'amené par une citation de saint Cyrille.

ô. In Sent., 4. 10, pars 1, art. 1, qu. 1.

6. Jn Sent., 4. 10, qu. 1. n. 3. Voulant prouver la présence réelle, il dit : • Fundamentum auctoritatis est (Matth. 20 et Luc. 22), ubi in coena ait Christus : Hoc est corpus meum. »

314 THÉOLOGIE scripturaire; l'eucharistie.

le Sauveur aurait dû dire : Mon corps est ici, attendu que la substance du pain n'est pas son corps'. » Mais, avant eux, Alexandre avait négligé cet argument. Les scolastiques des quatorzième et quinzième siècles marchèrent sur ses traces. Duns Scot attaqua même ouvertement l'argument de saint Thomas et le déclara sans valeur. Selon lui, le Sauveur aurait pu tenir le langage qu'il a tenu, même s'il avait décidé de laisser subsister le pain et le vin ^ On verra ailleurs sur quelles bases il établit sa foi à la transsubstantiation ^. Bornons-nous à constater ici qu'il ne crut pas pouvoir la fonder sur l'Écriture. Durand'', Occam'^ se firent les partisans de cette doctrine. Et nous la retrouvons chez le plus célèbre théologien du quinzième siècle, Pierre d'Ailly^.

1. Summa, 3. 75. 2. Albert fait la même observation dans : In Sent., 4. 11, art. 8. On la retrouve aussi dans saint Bonaventure, In Sent., 4. 11. pars 1, art. 1, qu. 1, au premier rang parmi les preuves de la conversion.

2. In Sent., 4. 41, qu.3, n.M.5 : « Si dicis sicut dicit unus doctor(il a en vue saint Thomas) quod Matthaeus dicendo : Hoc est corpus meum, expresse insinuât panem non manere quia tune esset propositio falsa, hoc non cogit, quia dato quod substantia manet, non demonstratur substantia panis sed contentum sub pane. » 11 revient au n. 8 sur l'argument de saint Thomas et le réfute au n. 10.

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