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III. Le rôle de V absolution

Revenons maintenant au pouvoir des clefs, dont les attestations scripturaires étaient, on se le rappelle, unanimement admises. Héritiers du pouvoir contenu dans les paroles : Tibi dabo claires... Quorum r émiser itis... les prêtres avaient le droit de délier les consciences ou, si l'on veut, de les absoudre. Mais quel était au juste le sens de cette absolution? Effaçaitelle le péché? Le supposait-elle, au contraire, préalablement effacé? Et, dans cette dernière hypothèse, quel rôle avait-elle à remplir?

Pendant longtemps, on demanda la solution de ce problème à riiistoire des dix lépreux guéris par Notre-Seigneur, à la résurrection de Lazare, et surtout aux formalités que la loi mosaïque imposait aux lépreux. Strabon^ Paschase Radbert^, Raban Maur ^, ou l'un de ses contemporains, utilisant les données du Lévitique, firent observer que les prêtres juifs ne guérissaient pas la lèpre, mais se bornaient à constater l'état des malades qui se présentaient à eux : ils conclurent que le rôle du confesseur chrétien était analogue à celui du prêtre mosaïque, et que les promesses du Sauveur : Quodcumque ligaçeris; Quorum remiseritis, devaient être éclairées par les prescriptions du Lévitique. Saint Anselme, si l'homélie est bien de lui, nota que les lépreux dont parle saint Luc étaient guéris avant de paraître devant les prêtres ; il ajouta que le pécheur, lui aussi, était absous par Dieu avant de se confesser, mais qu'il devait néanmoins se présenter devant le prêtre'*.

1. Glossa in MaUkaeum, 16. 19, M. 114. 142 : « In Levitico ostendere se sacerdotibus jubentur leprosi quos illi non faciunt leprosos sed discernant qui mundi vel immundi sunt, îta et hic. » On remarquera que cette glose est tirée à peu près textuellement de saint Jérôme. — Théodulfe, Capit. 30, M. 105, 200, attribue le pardon aux pratiques pieuses, mais il ne donne aucune preuve scripturaire de son assertion.

2. In Matth., 16. 19. M. 120. 564. Après avoir rappelé le rôle des prêtres juifs vis-a-visdes lépreux, Paschase continue : « Quomodo ergo ibi sacerdos (judaeus) mundum facit aut immundum, sic et hic alligat vel solvit episcopus vel presbyter ». Ici encore l'emprunt à saint Jérôme est manifeste.

3. Homil. 110, M. 110, 353 (pièce du neuvième siècle, mais d'une attribution douteuse). L'auteur cite le texte : Quodcunque ligaveris...ei le commente à l'aide de saint Jérôme.

4. Homil. 13, M. 158. 662. « Dum irent mundaii sunt, quia ex quo tendentcs

LE ROLE DE l'aBSOLUTION SELON AnHLAHD. 331

L'auteur du De K*eva et falsa poenitentia qui, déjà avant saint Anselme, avait tiré parti de Thistoire des lépreux de saint Lue. mit de plus à contribution la résurrection de Lazare, et il expliqua que Tami de Notre-Seigneur était déjà ressuscité quand les disciples reçurent ordre de délier ses bandelettes ^ On retrouve ce dernier argument dans Rupert, qui enseigne que le pécheur, tout comme Lazare, est ressuscité avant d'être délié par l'absolution du prêtre ^. Tous ces docteurs mettaient au premier plan, dans l'œuvre du pardon, les œuvres de pénitence ou la confession qu'ils assimilaient à une œuvre de pénitence.

Abélard, qui considérait le sentiment intérieur de repentir comme le facteur principal de la rémission des péchés, aimait à s'appuyer sur le texte d'Ezéchiel : Qiiacumque hora peccator ingemuerit sahiis erit. C'est par ce témoignage surtout que le professeur de Sainte-Geneviève, après avoir refusé aux prêtres le pouvoir des clefs, promettait le pardon au pécheur repentant ^. Les disciples de l'illustre maître recueillirent ce texte; ils tirèrent de l'Ecriture deux ou trois autres formules analogues; ils empruntèrent aux anciens l'histoire de la guérison des dix lépreux, celle de la résurrection de Lazare et les prescriptions du Lévitique relativement aux lépreux. Puis,

ad confessionem et poenitentiam tota deliberatione mentis peccata sua damnant et deserunt, liberantur ab eis in conspectu interni inspectons. Unde et per prophetam Dominus ipse testatur quia : Impietas impii non nocebit ei in quacumque die conversus fuerit (Ezech., 33. 12). Perveniendum tamen est ad sacerdotes et ab eis quaerenda solutio ut qui jam coram Dec sunt mundati, sacerdotum judicio etiam hominibus ostcndantur mundi. • Un peu plus haut, on lit que les pécheurs : « euntes ad confitendum purgantur in ipsa confessione propter poenitentiam quam acturi sunt -. Le « in ipsa confessione » est une incorrection qui ne peut obscurcir la pensée très nette d'Anselme.

1. Du vera et falsa poenitentia, 25, M. 40. 1122 : « Praecepit Dominus mundandis ut ostendorent ora sacordotibus... Lazarum enim de monumento jam suscitatum obtnlit Dominus discipulis solvcndum, per hoc oslendcns potestatem solvendi concessam sacerdotibus... Mundati enim sunt leprosi dum ibant ostendere ora sacerdotibus, antequam pervenirent. » On doit toutefois noter que l'auteur se préoccupe avant tout de prouver la nécessité de la confossion.

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