‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 406 sur 547 · In Sent · texte numérisé non relu

In Sent

A.Suppl.^1. 5 et 6, tiré de: In Sent. 4.44. qu. 3, art. 2. Saint Thomas, après avoir donné la preuve décisive du feu matériel (on la verra plus loin) ajoute cette seconde: " Praeterea in Sap. 5. 21 dicitur: Pugnabit orbis terrarum contra insensatos... » Puis il explique que ce texte ne serait pas vrai si les damnés ne souffraient qu'une peine spirituelle. A l'article suivant, il cite cet autre texte de la Sagesse 11. 17 : « Per quae peccat quis, per haec et torquetur » qu'il fait suivre d'un commentaire analogue. Il est permis de ne pas voir là des preuves scripturaires proprement dites.

feu est corporel. Mais leur certitude repose sur Tautorité de la Tradition, comme on le verra ailleurs *.

Passons maintenant à la controverse du purgatoire. Dans son opuscule Contra errores Graecoriim^ saint Thomas mentionne l'erreur des Grecs relative au purgatoire et il en esquisse une réfutation. Mais son travail exclusivement patristique n'a aucun renseignement à nous fournir ici ^.

La question du purgatoire fut un des problèmes accessoires dont le concile de Florence entreprit la solution. Les théologiens latins présentèrent un mémoire destiné à prouver que les âmes des fidèles, qui quittent ce monde avec des fautes légères, doivent subir une purification préalable avant d'être admises au ciel, et que cette purification consiste dans l'épreuve du feu^. Ce mémoire, presque entièrement composé de références patristiques, contenait cependant trois textes scripturaires. Le premier était l'endroit du second livre des Macchabées où on lit : « C'est une sainte et salutaire pensée que de prier pour les morts, pour qu'ils soient délivrés de leurs péchés. >> Le second était cette parole du Sauveur rapportée par saint Marc : « Celui qui blasphème contre le Saint-Esprit, ne recevra la rémission de son péché ni en ce monde ni en l'autre w. Le troisième enfin était le passage suivant de saint Paul : « Le jour du Seigneur fera connaître l'œuvre de chacun, car elle se révé-

L Voir p. 488. — Duns Scot semble faire exception. Vol r : In Sent. 4. 44, qu. 2. 1. Le texte : Ile inignem aeternum est au premier rang. Notons toutefois que, clans cet endroit, Scot se propose uniquement de prouver l'existence d'une peine sans s'occuper de la nature du feu. Voir aussi : 76i6f.,qu.3.2.

Z. Voir cependant l'opuscule du saint docteur : Contra Graecos, Armenos et Saracenos, 9. Ici la doctrine du purgatoire est appuyée sur 1 Cor. 3, et défendue contre l'objection des Grecs qui prétendaient que l'apôtre avait en vue dans cet endroit le feu de la fin du monde. Comme ils appuyaient leur théorie sur l'expression « le jour du Seigneur » qui, selon eux, désigne toujours dans la Bible la fin du monde, saint Thomas explique que si le jour du jugement sera « le jour du Seigneur » pour le genre humain pris collectivement, le jour de la mort est pour chacun le jour du Seigneur.

3. Ueputatorum cedulae de purgatorio, dans Harduin, 10. 954etsuiv.

364 THÉOLOGIE scripturaire; l'eschatologie.

lera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu'est Tœuvre de chacun. Si l'œuvre bâtie par quelqu'un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. Si l'œuvre de quelqu'un est consumée, il perdra sa récompense. Pour lui, il sera sauvé, mais comme par le feu. » Un commentaire concis expliquait que ce dernier témoignage ne pouvait viser ni les grands coupables ni les âmes parfaitement pures, et qu'on devait par conséquent l'entendre des âmes imparfaites ^ .

Telle était la théologie scripturaire du susdit mémoire. Les; Grecs protestèrent. Selon eux, les peines aussi bien que les récompenses, ne devaient être distribuées qu'au jugement général : jusqu'à ce jour les âmes restaient dans l'expectative. En d'autres termes, le purgatoire tel que l'entend l'Église latine n'existait pas. Le procès-verbal des débats qui eurent lieu à ce sujet ne nous a pas été conservé. Nous savons seulement qu'ils finirent par céder-. Interprète de l'heureux accord qui s'était produit, la bulle Laetentur enseigne que les âmes qui quittent ce monde avec la charité, mais sans avoir complètement satisfait pour leurs péchés, « sont purifiées après la mort par des peines purgatives ^ » .

1. Deputalorum ccdidae, p. 954 et 955. A la suite du premier texte, on lit ce commentaire : « Sed pro defunctis qui sunt in paradiso non opus est orare quia nullo indigent; nec pro illis qui sunt in inferno quia a peccatis solvi aut purgari non possunt. Sunt igitur qui post hanc vitam mundanam a peccatis solvi aut purgari possunt. »

2. Voir Harduin, 10. 979 et 980. Ibid., p. 980 : « Tandem Deo opérante Graeci jam confitentur veritateui. »

3. Hard. 10. 422. On a remarqué depuis longtemps que la bulle ne mentionne pas le feu du purgatoire. Il re faut pas voir dans ce silence une concession faite aux Grecs à la suite des débats qui eurent lieu sur la question du purgatoire. Ainsi qu'on le verra plus tard, quelques-uns des textes patristiques contenus dans le mémoire des théologiens latins parlent dé la peine du feu, mais il ne semble pas qu'à aucun moment la discussion ait porté sur cette peine. C'est du moins ce que l'on peut induire du très soibmaire résumé qui nous est parvenu (Harduin, 10. 979 et 980). On y entrevoit que l'on s'occupa de savoir si les peines étaient ajournées au jugement général ou infligées immédiatement après la mort. C'est aussi à cette conclusion que conduit le texte du mémoire. On y trouve en effet la même réserve au sujet de la nature des peines du purgatoire que dans la bulle Laetentur (Harduin, p. 954).

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