PROUVÉ PAR SAINT THOMAS
plus net que ce passage du Contra Ennomium de saint Basile : « Le Saint-Esprit tient l'existence du Fils » ? Ou que cette prière mise par saint Athanase dans la bouche du Sauveur : « Comme tu m'as engendré Dieu parfait et que tu m'as fait prendre un homme parfait, donne-leur aussi le parfait Saint-Esprit qui sort de toi et de mon essence » ? Malheureusement la bonne foi de saint Thomas avait, presque partout, été surprise. Ne parlons pas pour le moment du texte de saint Basile que nous retrouverons bientôt. Les attestations du Filioque attribuées à saint Athanase étaient apocryphes. Or ces attestations, qui reparaissaient à chaque ligne, formaient comme la trame de l'argumentation patristique du Contra errores Graecorum. Apocryphes également étaient les témoignages empruntés à saint Grégoire de Nazianze et plusieurs de ceux que saint Epiphane était censé fournir. Toutefois, on doit le reconnaître, au milieu de toutes ces pièces fabriquées, qui cherchent à nous tromper comme elles ont trompé le Docteur angélique, apparaissent çà et là des documents véridiques. Témoin ce passage de VAncorat de saint Epiphane : « Le Saint-Esprit n'est pas étranger au Père et au Fils. Il a au contraire la même substance et la même divinité. Il vient du Père et du Fils ; il est avec le Père et le Fils. » Témoin encore cet endroit des Thesauri de saint Cyrille : « Le Saint- Esprit, quand il vient en nous, nous rend semblables à Dieu, car il procède du Père et du Fils. » En somme, malgré les erreurs qui le déparent, le Contra errores Graecorum a enrichi de quelques nouveaux textes la théologie patristique du Filioque.
Dans les dernières années du douzième siècle avait paru un livre que saint Thomas ne semble pas avoir connu, mais dont la lecture lui eût été profitable. Italien de naissance, Hugues Ethérien passa plusieurs années à la cour de Constantinople. Cette circonstance lui permit de se renseigner, plus exactement qu'on ne pouvait le faire ordinairement, sur la polémique du Filioque et sur les moyens de la clore. Invité par l'empereur Manuel à exposer les preuves de la croyance latine, il se mit à l'œuvre et rédigea, dans un style obscur et rocailleux, une longue dissertation qu'il dédia ensuite au pape Alexan-
372 THÉOLOGIE patristique; le filioque
dre III ^ Le De Haeresibus Graecorum fait une large place à la dialectique, et par là il se rapproche du livre de saint Anselme. Ce qui le distingue de tous les écrits, auxquels avait donné lieu jusque-là le problème de la procession du Saint- Esprit, c'est une connaissance précise des objections formulées par les théologiens grecs, et une lecture des Pères de l'Eglise orientale dont on n'avait pas encore d'exemple. On y trouve le texte où Théodoret accuse saint Cyrille d'Alexandrie de faire dériver le Saint-Esprit du Fils aussi bien que du Père; et on y voit la réponse de saint Cyrille à ce premier adversaire du Filioque'^. On y apprend ce que les plus récents disciples de Photius, Théophylacte et Nicétas, reprochent à la doctrine des Latins ^ ; et on y lit les témoignages des principaux Pères grecs favorables à cette doctrine. Saint Basile nous présente le texte du Contra Eunomiiim qui va bientôt devenir si célèbre : « L'Esprit tient l'être du Fils et il reçoit de lui ce qu'il nous annonce^*. » Saint Épiphane nous rappelle qu'il a écrit dans \Ancorat : « L'Esprit à qui Ananie et Saphire mentirent est Dieu, car il vient du Père et du Fils... L'Esprit est Dieu : il est l'Esprit du Père et l'Esprit du Christ... Il est au milieu du Père et du Fils; il sort du Père et du Fils... Dirons-nous qu'il y a deux Fils?... Non, Dieu dit que le Fils sort de lui et que le Saint-Esprit sort des deux... Le Saint- Esprit est un esprit; il est la troisième lumière issue du Père et du Fils ^. » Saint Athanase atteste qu'il a dit dans sa Lettre à Sérapion : « L'Esprit soutient avec le Fils le même rapport que celui-ci soutient avec le Père ®. » Saint Cyrille nous met sous les yeux les passages de la Lettre à Nestorius^ du De ndoratione et du Commentaire sur Joël, où il enseigne si nettement la procession ex utroque ^. Tous ces textes, sauf le premier, ne soulèvent aucune contestation au point de vue
1. De haeresibus Graecorum, M. 202. 227 et suiv. Voir la préface, p. 232 oX suiv., et la dédicace au pape, p. 227.