CHAPITRE III
LA MARIALOGIE.
T. La théologie didactique de la inarialogie.
Saint Bernard et Pierre Lombard se mirent à l'école de la Tradition pour apprendre d'elle l'époque à laquelle la sainte Vierge avait été purifiée du péché. La fête de la Nativité que l'Éfflise célébrait, depuis le neuvième siècle, parut à l'abbé de Clairvaux fournir la preuve irrécusable de la sainteté de Marie au moment de sa naissance. Appuyé sur la liturgie, il conclut que la mère du Sauveur avait été sanctifiée, non pas sans doute au moment de sa conception, mais dans le cours de sa vie utérine ^ Pierre Lombard, au contraire, sans tenir compte des données liturgiques, fixa son attention sur un endroit de saint Jean Damascène, où on lisait que Marie fat purifiée par le Saint-Esprit, immédiatement après qu'elle eut donné son consentement à l'incarnation. Ce texte lui fit croire que la sainte Vierge avait demeuré dans le péché jusqu'au moment de sa maternité divine^. En revanche, il enseigna hautement que, devenue mère de Dieu, Marie fut pure de toute trace de péché. Sa preuve fut le célèbre passage du i)e natura et gra-
L Ep. 17 1. 3 : « Sod et ortum Virginis didici nihilominus in Ecclesia et ab Ecclesia indubitanter habere festivum atque sanctum, firmissime cum Ecclesia sentiens in utero eam accepisse ut sancta prodiret ».
2. Sentent., 3. dist. 3. L II dit d'abord que le Saint-Esprit, entrant en Marie au moment de l'incarnation, « eam praeveniens a peccato prorsus purgavit et a fomite peccati etiam liberavit ». Puis il prouve cette assertion par ces paroles de saint Jean Damascène : « Post consensum autem sanctae Virginis Spiritus Sanctus supervenit in eam... purgans ipsam. >»
LA MARIALOGIE DANS SAIXT THOMAS. 391
tia où saint Aujiiistin (h'clarait, on s'en souvient, que la sainte Vierge avait complètement triomphé du péché *. Telle fut. pendant le douzième siècle, la Ihéologie i)atristique de la marialogie.
L'enquête lut naturellement élargie au treizième siècle, alors qu'on passa en revue les diverses prérogatives de la mère du Sauveur. On se rappelle ([ue saint Thomas avouait l'absence d'attestations scripturaires pour quelques-uns des privilèges de Marie. Sur quelle base pouvait-on donc les établir sinon sur la Tradition? C'est ce que fit le docteur angélique. Sa preuve proprement dite de la maternité divine, celle qu'il mit au premier rang-, fut empruntée au canon du concile d'Ephèse où l'anathème était prononcé contre quiconque ne proclamerait pas Marie mère de Dieu ^. Disciple de saint Bernard, comme l'étaient tous ses contemporains, il emprunta à l'abbé de Clairvaux son attestation de la sanctification de la Vierge, et il démontra par la fête de la Nativité que la mère du Sauveur avait été inondée de la grâce au cours de sa vie utérine ^. 11 utilisa également, cela va sans dire, le texte du De natura et gratia. Mais, au lieu d'en restreindre la portée comme avait fait Pierre Lombard, il Tétendit à toute la vie de Marie. Il se déclara donc autorisé par saint Augustin à affirmer que la sainte Vierge n'avait jamais commis le moindre péché'''. Un fragment de sermon de Théodote d'Ancyre lui servit, non moins que le texte d'Isaïe, à prouver la virginité in paria •'. Quant
1. Senlent., dist. 3. 2 : « Quod autem sacra Virgo ex tune ab omni peccato iniinunis extiterit Aiiirustinus evidenter ostendit... » Suit le texte d'Augrustia que nousavons déjà rencontré. (Voir p. 77, note 2.) Noter laformule extunc. Elle confirme ce qui vient d'être dit, à savoir que Pierre Lombard lait commencer l'impeccabilité de Marie à l'époque de l'incarnation. On trouve déjà le texte de saint Augustin dans Hugues, Summa Sent., 1. 16, M. 17t>. 73.
2. Summa, 3. 35. 4 : « Sed contra est quod in capitulis Cyrilli approbatis in Ephesina synodo legitur. •> Suit le canon du concile. Voir : Denzin GhR, Enc/diidion, n. 73.
3. Summa, 3. 27. 1. : « Sed contra est quod Ecclesia célébrât nativitatem beatae V' irginis. Non autem celebratur festum in Ecclesia nisi pro aliquo sancto. Ergo beafa Virgo in ipsa sua nativitate fuit sancta. »
4. Summa, 3. 27. 4 : <• Sed contra est quod Augustinus dicit in libro L'c nalura et gralia... > Et il cit(; le texte.