LA MARIALOGIE DANS SAINT THOMAS
seulement présentée comme surprise et étonnée par la mort (le son fils. Quant à Origène, il s'était borné à dire que la sainte Vierge avait souffert en son cœur pendant la passion, assertion qui certes n'avait rien de choquant '. Cependant, arrivé devant saint Jean Clirysostome, Tauteur de la Somme, renonça à le défendre : « Dans cet endroit Clirysostome a excédé - » ; non toutefois sans lui tendre la perche : « On peut néanmoins donner un bon sens aux paroles du saint docteur, et lui faire dire que le Seigneur a blâmé, non la conduite de Marie, mais l'appréciation dont elle était l'objet de la part des spectateurs. »
Notons ici que l'érudition patristique dont témoigne la Somme théologiqiie sur le terrain de la marialogie n'est pas, au moins exclusivement, l'œuvre de saint Thomas. Déjà Alexandre de Ilalès avait élargi l'enquête ébauchée par Pierre Lombard. Il avait notamment interprété bénignement les textes où il était question du doute éprouvé par la sainte Vierge à l'époque de la passion ^\ et le célèbre passage du De naliira et i^ratia lui avait servi à prouver l'impeccabilité de ^larie, non plus seulement à partir de l'incarnation, mais pendant tout le cours de sa vie ''. Le docteur angélique se borna donc en grande partie à utiliser le travail d'Alexandre. A son tour, il fut pour la postérité une source de renseignements patristiques, et l'on se transmit les solutions qu'on avait lues dans la Somme. Durand^, par exemple, expliqua que saint Augustin — en réalité l'Ambrosiastre — avait attribué à Marie, lors de la mort du Sauveur, non des doutes contre la foi, mais un sentiment de surprise. Il avoua également que saint Jean Clirysostome avait « excédé » ; puis,
1. Summa, 3. 27. 4 ad 2 : « lllud verbum Simeonis Origenes et quidam alii doctores exponunt de dolore qiiem passa est in Cliristi passione... Quidam vero por gladium dubitationem intelligiint, quae tamen non est inlelligenda dubitatio infideiitatis sed admirationis et discussionis, dicit enim Basiliiis... » Et il cite saint IJasile.
2. Summa, 'S. 27. 4 ad 3 : « Dicendum quod in verbis illis Chrysostomus excessit... »
']. Summa Uieolofjiae, 3. qu. 9, membr. 2, art. 5, resol. fin.
4. Summa Iheolofjiac, 3. qu. 9, membr. 3, art. 2 avant la resolutio.