La théologie didactique de la grâce
On a vu ailleurs que, dans la question de la grâce, Hugues et Pierre Lombard avaient emprunté à saint Augustin, en même temps que ses idées, ses références scripturaires ^ On sait donc déjà que le docteur d'Hippone fut leur guide. Mais dans quelle mesure? Répondons simplement que Pierre Lombard a rédigé sa longue dissertation sur la grâce, presque uniquement avec des extraits de Fauteur du Contra Julianum. On ne peut évidemment songer à rapporter ici tous ces extraits. Bornons-nous à reproduire le suivant : « Le libre arbitre doit être délivré de la servitude du péché. Il ne peut l'être par luimême, mais seulement parla grâce de Dieu, laquelle est donnée, avec la foi, au Christ^. »
Ici nous nous retrouvons en face de l'évolution signalée plus haut. On sait que le treizième siècle vit apparaître la théorie scientifique de la grâce habituelle et une réaction antiaugustinienne^. La doctrine de la grâce habituelle ne fut l'objet d'aucune référence patristique; car on ne peut regarder comme telle la citation de saint Augustin que l'on trouve dans la Somme thèologiciue et qui est étrangère à la question'*. En revanche, quand on se mit à adoucir ou à expliquer les thèses de l'évêque d'Hippone, on tint à se procurer des autorités imposantes. Dans son Commentaire sur les Sentences.^ saint Thomas prouva par saint Anselme que celui-là seul ne reçoit pas la grâce, qui ne veut pas la recevoir'^. Il cita aussi le texte suivant, pour éta-
mus, hinc in libro primo De vocatione genlium ita dicit. » Suit un texte tiré de ce livre.