LA CONDITION PRIMITIVE DE L'HOMME
LE PÉCHÉ ORIGINEL
Hugues de Saint-Victor et surtout Pierre Lombard empruntèrent à saint Augustin de nombreux renseignements sur la condition du premier homme. Ils citèrent de longs extraits des divers ouvrages de Tévêque d'Hippone, notamment du De Genesi ad litteram, pour prouver que le corps d'Adam n'était pas éthéré, qu'il avait besoin de recourir aux aliments pour se maintenir en vie, que le genre humain, dans l'état d'innocence, se serait multiplié par la voie de la génération, et que notre premier père avait reçu de Dieu le libre arbitre ^ . Saint Thomas ne crut pas devoir consulter si fréquemment la Tradition sur ce sujet. Il apporta, lui aussi, quelques textes de saint Augustin ; mais il préféra, le plus souvent, prendre ses informations dans la Bible ou dans les convenances théologiques ^. Après le docteur angélique, l'étude de la condition primitive de l'homme ne provoqua aucune recherche patristique.
1. HuGUKs, Summa Sentent., 3. 2, 4 et 7, M. 176. 91, 95 et 99. — Pierre Lombard, Sent. ,2dist. 16, 17, 19, 20 et 24.
2. Summa theoL, 1. qu. 90 à 101. La question 93 contient plusieurs citations d'Augustin destinées à expliquer comment l'homme esta l'image et à la ressemblance de Dieu. Dans la question 95 on lit (art. 1), le mot célèbre : Deus simul eratin eis condensnaturamet largiens gratiam, qui, dans la pensée de saint Augustin, s'applique seulement aux anges, mais que saint Thomas se croit autorisé à appliquer aussi à l'homme. On rencontre, çà et là, d'autres références de peu de portée, et qui d'ailleurs sont souvent tirées de livres indûment attribués à saint Augustin. Le Sermo ad catech. cité dans : qu. 95. 3, est postérieur au pape saint Grégoire; \es Quaestiones veteris et novi Testamenti chéQS kdiiïérenies reprises sont de l'Ambrosiastra
DKMONSTIIATION DL PÉCHÉ OllIGINEI. AU XII^ SIECLE. 413
Quand Hugues de Saint-Victor entreprit de démontrer Texistence du péché originel, il apporta une liste assez longue d'attestations extraites de saint Augustin et du Defide ad Petrum mis sous le nom du même docteur ^ Pierre Lombard présenta une liste plus longue encore, sur laquelle il ménagea une place au pape saint Grégoire^. Et Roland, beaucoup plus sobre de références, cita deux textes de l'évéque d'Hippone •"^. Mais comme leur contemporain Abélard, tout en prétendant maintenir le péché d'origine, Tavait ramené à une simple pénalité, la question capitale à cette époque était moins de prouver l'existence delà tache héréditaire que d'en rétablir la notion. Aussi ce que Hugues, Pierre et Roland demandèrent avant tout à saint Augustin, ce fut d'expliquer par quoi est constitué le péché originel et comment il est efîacé dans les eaux du baptême. Que leur répondit le docteur d'Hippone? Le texte suivant de Roland, qui tient exactement le même langage que Pierre et Hugues, nous l'apprend : « Saint Augustin enseigne que, avant la régénération, la concupiscence est un péché, le péché dit originel, mais (jue, après le baptême, elle cesse d'être péché et devient une simple peine ''. »
A partir du treizième siècle, les attestations patristiques du péché originel furent l'objet de mentions rares et sommaires,