CHAPITRE VI
L'ANGÉLOLOGIE.
Dans la question de la nature des anges, Pierre Lombard ne s'écarta pas du sentiment de saint Augustin. A cause du docteur d'Hippone, dont il mit les textes sous les yeux du lecteur, il laissa entendre, non sans quelque embarras, qu'il n'osait refuser aux esprits célestes un corps subtil \ Et saint Bernard, qui a soutenu la même opinion, a été, sans nul doute, retenu lui aussi par l'autorité d'Augustin, bien qu'il ne !e nomme pas ^. Mais le prestige de l'Aréopagite l'emporta sur celui de l'auteur du De cwitate. Si Hugues ne nous dit pas à quelle école il a connu la spiritualité absolue des anges, on le devine facilement, quand on se rappelle qu'il a commenté le livre de la Hiérarchie céleste. Albert le Grand déclara que le problème de la nature angélique avait été résolu par saint Denys ainsi que par saint Jean Damascène^. Et ce fut aussi à
\.Senl.2.S, 1-3, M. 192. 6G7-6G8 : « Soletetiam in quaestione versari apud doctos iitrum angeli omnes... corporel sint, id est corporahabeant sibi unita. Quod aliqui putant, innitentes verbisAugustini qui dicerevidetiirquod angeli omnes, ante confirmationem vel lapsum, corpora aerea habuerint. » Ici Pierre apporte un texte de saint Augustin qui lui suggère l'observation suivante : « Ecce his verbis videtur Augustinus ita tradere quod quidam opinantur de corporibus angelorum. » Puis il nous apprend que, selon certains docteurs, saint Augustin a exposé la doctrine de la corporéité des anges : « non ita sentiendo, sed opinionem aliorum referendo. » 11 ne nous dit pas tout d'abord ce qu'il pense de cette exégèse. Mais un peu plus loin (n. 3), après avoir cité un nouveau texte de saint Augustin, il conclut : « In quibus verbis videtur Augustinus attestari angelos esse corporeos ac proprie et spiritualia habere corpora. »