III. Le problème des paroles de la consécration
Dans les premières années du quatorzième siècle, on s'aperçut queles Grecs attribuaient la consécration de l'Eucharistie, non pas aux paroles du Sauveur, mais aune prière qu'ils récitaient après ces paroles, et dans laquelle ils demandaient à Dieu le Père d'envoyer son Saint-Esprit sur les oblations, pour les transformer au corps et au sang du Christ. Il y avait là une nouvelle divergence dogmatique que l'on s'efforça immédiatement de faire disparaître. Or, en parcourant les homélies de saint Jean Chrysostome, on rencontra le passage suivant qui avait trait à la consécration : « Ce n'est pas un homme qui fait le corps et le sang du Christ avec les oblations, c'est le Christ crucifié pour nous. Le prêtre est là debout, représentant le Christ. 11 prononce les paroles, mais c'est le Christ qui a la puissance et la grâce. Il dit : Ceci est mon cojps. C'est cette parole qui transforme les oblations. La parole : Croissez et multipliez-vous...... bien
qu'elle naitété dite qu'une fois, continue d'exercer son efficacité et nous donne le pouvoir de procréer des enfants ; il en est de même de la parole : Ceci est mon corps. Prononcée une fois, elle donne, et cela jusqu'à la lin du monde, à tous les sacrifices leur existence et leur vertu. » Ce texte fut immédiatement objecté aux Grecs, qui en furent visiblement embarrassés. Ils ne pouvaient cependant rester sans réponse. Un de leurs théologiens, Nicolas Cabasilas, expliqua que saint Jean Chrysostome, en
guiiiis Christi. •• 11 faut lire : « Noc illud cogitatis. » Dans le premier cas, saint Augustin avertit que l'on ferait erreur, si Ton croyait que les petits enfants ne peuvent se sauver sans l'Eucharistie. Dans l'autre, il reproche à ses adversaires d'oublier que les enfants ne peuvent parvenir au salut, s'ils n'ont eu part (en quelque faron) au corps et au sang du Christ.
1, ]n Sent., 4. dist. 12, pars 2, art. 2, qu. 2, Sed contra. Le texte est tiré de : In Jo., tr. 25. 12.
450 THEOLOGIE PATRISTIQUE ; L EUCHARISTIE.
éclairant la parole du Sauveur : Ceci est mon corps, par la parole du Créateur : Croissez et multipliez-vous ^ avait manifestement attribué à l'une et à Tautre un mode d'action identique. Ceci posé, il fit observer que la parole du Créateur exerçait son efficacité, non pas directement et immédiatement, mais par l'intermédiaire des causes secondes, à qui elle donnait le pouvoir de procréer. Il conclut que la parole du Sauveur, elle non plus, ne consacrait pas immédiatement; mais qu'elle se bornait à donner aux prêtres un pouvoir radical qui, pour entrer en exercice, devait recourir à la prière. Quand cette démonstration fut achevée, Cabasilas essaya de prendre l'offensive. Il objecta aux Latins la prière suivante de leur liturgie : « Nous vous supplions, Dieu tout-puissant, faites porter ces choses par les mains de votre saint ange à votre céleste autel, en présence de votre divine Majesté ». Cette prière, qui pourtant vient après les paroles prononcées par le Sauveur à la Cène, lui parut être une demande faite à Dieu pour obtenir la consécration des offrandes ; elle lui sembla, en tout cas, inconciliable avec la présence préalable du Sauveur sur l'autel. Sa conclusion fut que les Latins suivaient, dans leur liturgie , la doctrine qui leur semblait scandaleuse chez les Grecs ^
La thèse de Cabasilas fortifia sans doute la conviction de ses compatriotes, mais elle resta inconnue à l'Occident. Quand vint le concile de Florence, les théologiens latins reprochèrent aux Grecs la prière qu'ils récitaient pour demander à Dieu de transformer le pain et le vin au corps et au sang du Sauveur, alors que les paroles de Notre-Seigneur à la Gène étaient déjà prononcées. Les Grecs répondirent, non peut-être sans malice, qu'ils attribuaient la transsubstantiation aux formules : Ceci est mon cojps; Ceci est mon sang, et que la prière subséquente avait dans leur bouche le même sens qu'avait dans la bouche des
Latins la prière : Juhe haec perferri- Torquemada
exposa les bases traditionnelles de la doctrine des Latins ^. 11 prit comme témoins : saint Jean Chrysostome, saint Jean Da-