Contra errores Graecorum, 32, vers la fin
476 THÉOLOGIE patristique; la primauté du pape.
docteur angélique ne sut pas se mettre en garde contre Tapocryphe. Aucun des textes qu'il cita sous le nom de l'évêque de Jérusalem, de l'évêque d'Alexandrie et de saint Maxime n'était antérieur au douzième siècle. Et parmi les témoignages empruntés à saint Jean Chrysostome, l'un, tiré de la Réponse aux Bulgares, n'était sans doute pas plus ancien.
Torquemada n'échappa pas, lui non plus, complètement au piège de l'apocryphe. Il cita, par exemple, une prétendue lettre d'Anaclet qui proclame nettement l'origine divine du Siège apostolique, mais qui provient des fausses décrétales ^ Il prit sa revanche avec les lettres de saint Léon, d'Agathon et d'Adrien 2. Il fit notamment observer que le pape Agathon avait hautement revendiqué pour le Saint-Siège le droit d'enseigner toute l'Église, ainsi que le privilège de l'infaillibilité doctrinale. Et son observation ne saurait être contestée, car cette lettre célèbre contient les déclarations suivantes : « Sous les auspices du bienheureux Pierre, qui reçut du divin Rédempteur lui-même le pouvoir de paître pour toujours toutes ses brebis spirituelles, cette Église apostolique — qui est celle de Pierre — n'a jamais dévié de la vérité. Son autorité a toujours été reconnue comme étant celle du prince des apôtres par l'Eglise universelle et par tous les conciles généraux... Elle demeure immaculée dans la doctrine qu'elle a reçue à l'origine des princes des apôtres selon la parole du Sauveur : Ego rogavi pro te ut non deficiat fides tua... » Torquemada crut, à bon droit, pouvoir apporter devant des Grecs un document qui avait jadis été acclamé par des évêques orientaux.
Quand les premiers gallicans entreprirent de mettre l'Église universelle et les conciles généraux au-dessus du pape, auquel néanmoins ils attribuaient la supériorité sur tous les évêques considérés individuellement, ils se préoccupèrent plus de formuler des principes de philosophie sociale que de recueillir les données de la Tradition. Occam, il est vrai, éplucha les décrétales du Corpus juris. Il y découvrit que les papes s'étaient
1. Harduin. 10, 950 : « Item sanctus Anacletus papa ordinatus presbyter a sancto Petro, in tertia sua décrétai! epistola qiiam omnibus episcopis scripsit... »