CHAPITRE XVI
L'ESCHATOLOGIE.
/. La contj'Oi^GT'se du purgatoire.
Dans le mémoire que les théologiens latins du concile de Florence présentèrent aux Grecs relativement à la question du purgatoire ^ , on lit tout d'abord sept textes attribués à saint Augustin parmi lesquels quatre sont authentiques. Puis viennent des témoignages empruntés àlAmbrosiastre, au pape saint Grégoire, à saint Grégoire de Nysse, à lAréopagite, à saint Epiphane. D'autres, d'origine inconnue, sont mis sur le compte de saint Basile et de saint Jean Damascène. L'existence du feu du purgatoire est nettement enseignée par le pape saint Grégoire et surtout par deux des auteurs inconnus qui sont confondus avec saint Augustin. Voici, parexemple, comment s'exprime, sous le nom de l'évêque d'Hippone, le De ç^era et faUa poenitenlia : <( Celui qui remet à l'autre vie les fruits de conversion, sera purifié par le feu purgatif. Or ce feu, bien qu'il ne soit pas éternel, est terrible. » La plupart des autres docteurs se bornent à enseigner l'utilité des prières et des bonnes œuvres destinées à soulager les âmes des chrétiens imparfaits. Quelques-uns cependant semblent parler d'un vrai feu purifiant. Tel l'Ambrosiastre quand il dit en parlant du texte : Quasi per ignem : « L'Apôtre nous apprend que ce pécheur sera sauvé, mais qu'il aura à subir la peine du feu; il ne sera sauvé qu'après avoir été purifié par le feu. » Tel encore saint Grégoire do Nysse quand
L Dans IIarduin, Acla concilioruin, 10. 954 et siiiv
480 THÉOLOGIE patristique; l'eschatologie.
il compare le feu qui purifie Fâme à celui qui purifie lor. Mais, quand on y regarde de près, on s'aperçoit que ces textes sont influencés par les idées origénistes C'est donc indûment qu'ils ont été insérés dans le mémoire.
Deux siècles avant les théologiens du concile de Florence, saint Thomas avait, dans son opuscule Contra errores Graecorum^ tenté une démonstration du purgatoire à l'aide des Pères grecs ^ Mais il s'était contenté d'apporter deux textes de provenance incertaine. Quelques années après le concile de Florence, l'évêque de Méthone écrivit une dissertation dans le même sens. On y trouve des extraits sans portée de quelques Pères, notamment du pape saint Grégoire et d'un auteur inconnu faussement identifié avec saint Jean Damascène.
//. La théologie didactique de l'eschatologie.
Parmi les problèmes étrangers à l'Ecriture que les docteurs scolastiques rencontrèrent dans l'étude de l'eschatologie, les uns furent résolus à l'aide d'inductions variées, les autres — les seuls dont nous ayons à nous occuper ici — furent étudiés à la lumière de la Tradition. On s'adressa du reste aussi aux Pères pour confirmer et pour consolider certaines conclusions déjà préalablement appuyées sur des textes scripturaires.
Deux hommes résumèrent au moyen âge la tradition eschatologique : saint Augustin et saint Grégoire le Grand. C'est à eux qu'on demanda la lumière dans les questions obscures, la certitude dans les douteuses. On ne recourut que par exception à d'autres autorités. L'auteur de la Cité de Dieu et l'auteur des Dialogues furent par excellence les docteurs de l'eschatologie.
Saint Augustin avait consacré presque tout le dernier livre de son grand ouvrage à étudier la résurrection. On lui emprunta ses conclusions. Pierre Lombard prouva par le De Civitate (et aussi par \ Enchiridion] que les hommes ressusciteraient tels qu'ils étaient ou qu'ils auraient été à l'âge de trente ans environ; que tous les éléments qui ont servi, à un moment donné,