‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 76 sur 547 · PROUVÉE COXTIŒ LES GNOSTIQUES · texte numérisé non relu

PROUVÉE COXTIŒ LES GNOSTIQUES

conduisaient. Vers le milieu du second siècle cet état de choses se modifia. La nébuleuse prit corps et devint un système coordonné. Les gnostiques rattachèrent la théorie docète au problème du mal. Après avoir imaginé deux dieux opposés, ils enseignèrent que la matière, était l'œuvre du principe mauvais ; d'où ils déduisirent que le Christ, fils du Dieu bon, n'avait pu rien emprunter à la matière et donc qu'il n'avait pu prendre un vrai corps. Soucieux de mettre leurs rêveries sous le patronage de l'Écriture, ils prétendirent que le Sauveur lui-même avait nié la réalité de sa chair par ces paroles mémorables où il avait déclaré être étranger à Marie : « Quelle est ma mère et quels sont mes frères ^ ? »

Il fallait opposer aux gnostiques une démonstration scripturaire de la réalité de l'incarnation. Cette tâche fut exécutée par saint Irénée et Tertullien. Après avoir montré que les théories docètes se heurtaient aux textes de saint Paul : « Dieu a envoyé son Fils fait delà femme », — « Le Fils est né selon la chair de la postérité de David » , Févêque de Lyon leur opposa les récits évangéliques. « Pourquoi, dit-il, le Verbe descendit-il en Marie, s'il ne voulait rien lui emprunter? D'ailleurs, s'il n'avait rien reçu de Marie, il ne se serait pas alimenté; il n'aurait pas éprouvé la faim après son jeûne de quarante jours ; son disciple Jean ne l'aurait pas montré s'asseyant parce qu'il était fatigué; David n'aurait pas annoncé la douleur de ses blessures; il n'aurait pas pleuré sur Lazare ; il n'aurait pas éprouvé une sueur de sang; il n'aurait pas dit: Mon âme est triste; la lance en frappant son côté n'en aurait pas fait jaillir du sang et de l'eau. Voilà autant de signes irrécusables de la chair ^. » Tertullien, à son tour, déploya sa fougue accoutumée contre les sectes qui, avec des nuances diverses, déniaient au Sauveur une origine humaine. Et s'il trouva ses accents les plus éloquents quand, se plaçant sur le terrain rationnel, il discuta la possibilité et la convenance de l'incarnation du Fils de Dieu, il ne négligea pourtant pas le point de vue scripturaire. Il rap-

1. Voir Tertullien, Adv.Mat^c, 4. 19, M. 2. 404 : « Venirnus ad constantissimum argumentuni... "Ipse, inquiunt, contestatur se non essenatum; diccndo : Quaemihi maler...^ »

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