‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 100 sur 293 · Guizot, Hiat. de France, t. m, p · texte numérisé non relu

Guizot, Hiat. de France, t. m, p

diplomatique, ne voyait d'abord dans la Réforme que l'occasion de se moquer des moines et dessorbonnistes. Le petit monde littéraire, qui avait pour centre la cour, semblait coalisé contre les vieux défenseurs de l'Eglise... Les courtisans, prompts à recevoir le mot d'ordre du maître, et dont l'opinion ne décide pas le triomphe d'une idée, mais le manifeste, affichaient le calvinisme comme une mode. En se promenant le soir au Pré-aux-Clercs, ils chantaient les psaumes français de Clément Marot. Enfin, les protestants avaient gagné la nouvelle maîtresse du roi, Mademoiselle d'Heilly, depuis duchesse d'Etampes, la plus belle des savantes et la plus savante des 6e//<?5 * . » Les réformés avaient d'ailleurs à la cour l'avocat le plus influent et le plus sincère en la personne de la sœur du roi, Marguerite de Navarre, « belle, spirituelle, affable, bonne, accessible à tous les sentiments élevés et humains comme à tous les goûts de de l'esprit » *. Ce fut elle, plus encore qu'Erasme, qui synthétisa dans ses tendances tout ce que la Renaissance apporta de beau et d'utile au monde moderne, le goût d'une philosophie plus large et plus humaine, et, par-dessus tout, la tolérance. Il semble qu'elle ait résumé sa doctrine sur toutes choses dans ce quatrain d'une de ses comédies :

Tout le plaisir et le contentement

Que peut avoir un gentil cœur honnête,

C'est liberté de corps, d'entendement,

Qui rend lieureux tout homme, oiseau ou bête !

« Cette apologie de la liberté impliquait des opinions tout

au moins modérées en matière religieuse, et la reine Marguerite fut en effet plus libérale encore, s'il est possible, en pratique qu'en théorie. « On la soupçonnoit de la religion de Luther, dit Brantôme, mais elle n'en fit jamais aucune profession ni semblant, et, si elle la croyoit, elle la tenoit dans

1. Dehogeot, Hiêl. de la litiércUure française, Paris, 1876, p. 300-01.

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