‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 99 sur 293 · Cf. Paul Janet, op. cit., p · texte numérisé non relu

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l'absolutisme de la papauté, et c'est pourquoi il devait jouer un rôle important dans la lutte contre le fanatisme, non pas tant au point de vue politique, comme nous l'a fait remarquer Condorcet, puisque seale la Révolution française accordera aux Israélites la liberté de conscience, mais à un point de vue plus général, par les modifications qu'il provoqua dans la mentalité des peuples. La Réforme était d'ailieursla preuve la plus frappante de la relativité des religions. Tel fut, à peu près, sous ses divers aspects et dans ses manifestations les plus générales, le rôle de la Réforme en ce qui concerne le grand mouvement d'opinion du XVI* siècle et l'avènement lointain de la tolérance.

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En France, si l'on considérait simplement les œuvres littéraires et théologiques, le X V*^ siècle apparaîtrait surtout comme une décadence du moyen âge. Mais il est bien évident que, derrière cette littérature pauvre et médiocre, se cachait une évolution dans les idées, une rénovation philosophique, à laquelle l'humanisme devait bientôt fournir une langue plus souple, plus nuancée et, par suite, plus apte à exprimer les conceptions nouvelles. Déjà, au XIV** siècle, la philosophie s'émancipait ; les controverses scolastiques pouvaient rappeler les principes des sophistes grecs : favorisées par l'ambiguïté des textes religieux, et d'ailleurs par la connaissance imparfaite des philosophes anciens, elles révélaient que souvent la thèse et l'antithèse sont également vraisemblables. Au XVI® siècle, la phipart se contentaient de cette conclusion, et s'en tenaient au relativisme d'Erasme ou au scepticisme des Italiens. D'autres cherchaient à découvrir une vérité qui ne fût pas simplement une probabilité et à ceux-ci, un siècle plus tard, le cartésianisme allait apporter un principe nouveau de certitude : l'évidence métaphysique. D'autres enfin voulaient concilier la foi chré-

tienne et la raison, ou du moins détruire les contradictions qu'ils apercevaient entre les coutumes et les théories de l'Eglise romaine et la doctrine chrétienne primitive ; mais, ce dernier groupe se divisa bientôt en deux courants : les uns se contentèrent de protester contre les abus, et passèrent peu à peu dans le camp des indifférents; les autres, et ce fut peutêtre le plus grand nombre, trouvèrent dans la Réforme une réalisation apparente de leur idéal.

La Réforme, en effet, ne se présentait pas en France dans les mêmes conditions qu'en Allemagne. « Elle a eu, chez nous, dit Guizot, une double origine morale et sociale, l'une populaire , l'autre aristocratique et scientifique ; elle n'a pas été nationale, ni appropriée au gouvernement du pays *. » Ce fut un fait complexe, à vrai dire, que la propagation du protestantisme dans certains milieux populaires : ici, le penchant pour la Réforme ne s'expliquait plus par des préférences philosophiques raisonnées, mais plutôt par une notion pour ainsi dire instinctive de la part de liberté que contenait et surtout impliquait la doctrine nouvelle, et peut-être aussi, chez certains mystiques, par le besoin d'une religion simple et intime, puis enfin,chez les esprits hardis, par intuition du libéralisme politique dont le protestantisme, par la force des choses, allait devenir le véritable champion. Les réformateurs allemands, en établissant ces dogmes religieux, plus accessibles au peuple en cette fin du moyen âge que des théories philosophiques, semblaient avoir voulu mettre à la portée de tous les principes nouveaux que la Renaissance italienne avait développés chez les seuls lettrés.

Il n'apparaissait pas, au premier abord, que la Réforme dût être repoussée par François I^'^ « Le roi, peu fait pour entendre les discussions théologiques, et qui, plus tard, persécuta les calvinistes par instinct de despote et par calcul

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