Magnabal, op. cit., t. ii, p
2. Voir à ce sujet la Dragontea de Lope de Voca : on croit d'ailleurs i]U*il présida un aiitodafô h Madrid en 1625.
17i HISTOIRE DE LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE
jour p]us intolérante : en 1543, elle avait publié ses fameuse articles de foi et, en 1545, le premier Index librorum prohibitorum.
Au début de 1547, le roi promulg^ia un édit contre les blasphémateurs ; puis il aggrava, dans une ordonnance royale, les mesures arrêtées en 1542 et 1545 contre les imprimeurs par le Parlement. Enfin, il organisa juridiquement la procédure contre les hérétiques, et la fameuse Chambre ardente ouvrit ses sessions en mai 1548 '. Dès lors, les supplices se succédèrent sans interruption. La peste fait suspendre les séances de la Chambre ardente en août 1 548, mais la « Chambre des vacations » lui succède bientôt. Le Parlement, d'ailleurs, n'éta't pas moins acharné que le roi et ses conseillers ; d'autre part, les tolérants disparaissaient tour à tour : la reine de Navarre était morte en 1543 et Jean du Bellay mourut en 1550. Henri II, plus cynique que son père, ne dédaignait pas d'assister lui-même aux supplices ; il présida à la « glorieuse entrée » et à la procession de juin et juillet ! 510, tandis que les gentilshommes partisans de la Réforme songeaient à constituer une féodalité nouvelle, et que l'émigration des protestants vers la Suisse et l'Allemagne commençait déjà ; le fanatisme était d'ailleurs surtout menaçant pour les pauvres, à qui de si longs voyages étaient impossibles, ('ependant, le roi trouvait la répression trop lente il demanda au pape l'autorisation d'installer l'Inquisition en France ; Paul IV, Tancien inquisiteur Caraffa, s'empressa de lui accorder la bulle qu'il réclamait. Le Parlement se ressaisit alors ; redoutant une soumission absolue du gouvernement à la papauté, il refusa d'enregistrer l'édit royal sanc- / tionnant cette bulle, et, après une nouvelle instance du pape, il ne céda que sous une double condition : ce tribunal ne pourrait juger que les clercs, et les membres en seraient clioisis dans le clergé français.
L Cf, N. Weiss, La ckafnbre ardente, Paris, 1889, p. XV-LXXX et paa^im.
LE XVr SIECLE 175
C'est à propos de ces démêlés entre Henri II et le Parlement que le parti catholique parvint, en 1559, à éloigner le conseiller du Faur et à se débarrasser de son collègue, Anne du Bourg. « Oui du Faur, dit Voltaire, fut condamné à une interdiction de cinq ans et à une amende de cinquante livres. Son arrêt porte : Pour avoir témérairement avancé qu'il n'y a point de meilleur remède, pour finir ces troubles de l'Eglise, que l'assemblée d'un concile œcuménique, et qu'en attendant, on doit suspendre les supplices *. » Ein effet, au mois d'avril précédent, les plus modérés paimi les membres du Parlement avaient déclaré, au cours d'une assemblée mercuriale, qu'il fallait traiter moins cruellement les hérétiques et chercher plutôt à réformer les abus de l'Eglise. Les principaux partisans de cette théorie, dont les noms sont trop oubliés aujourd'hui, furent le président Ranconnet, Arnaud Ferrier, Antoine Fumée, Paul de Foix, Nicolas Duval,Claude Viole, Eustache de la Porte, Louis du Faur et Anne du Bourg. Un conseiller plus fanatique les dénonça, et, le 15 juin 1559, le roi vint siéger, sans avertissement préalable, dans une séance où se discutait la même question.Le premier président IjC Maître eut la faiblesse de parler en faveur de la répression, mais d'autres furent plus hardis et, en particulier, Gui du Faur et Anne du Bourg. I^ roi ordonna l'arrestation immédiate des plus audacieux, mais la plupart prirent la fuite, et les autres furent simplement condamnés à la prison ou à des peines disciplinaires, et surtout i\ la rétractation. Voltaire nous apprend que l'arrêt prononcé contre Paul de Foix l'obligeait à déclarer, devant les chambres assemblées, que « la forme est in.séparablede la matière dans l'eucharistie » *. Seule, la condamnation de du Bourg fut tenible : déclaré hérétique par l'Inquisition et par l'évêque de Paris, il ne put obtenir d'être jugé, comme l'ordonnaient les lois, par l'assemblage de ses pairs, et, condamné successivement par les