Ibid., p
tiqne ', iii«iqirau jour où elle donna naissance à un rameau qui devint plus vigoureux que la branche maîtresse, et qui d/rvelfjppa Inentôt, par une déviation imprévue, les germes d'intolérance inrlus dans la doctrine des derniers prophètes.
Un wnil peuple vivait alors par Tesprit, car seul il n'était pas soiimif» à Tabsolutinrae théocratique. Comme l'a dit Juleff HImon, « U liberté, la philosophie dans Tantiquité, c'était la (irèce p '. Mais, en réalité, ceci ne s'applique guère h roligarchio lacédémonienne, avec ses instincts belliqueux et w>B loJM itnplacablcs ; c'est surtout à propos du peuple ai \\ru\ou i\nv Ton a pu dire : <t Le jeu des facultés humaine'^ n'a peut -et rc été dans aucune race aussi libre, aussi prompt, «urbI étendu '. »
A regard de l'étranger, c'est-à-dire de l'oriental, du «. hiirhare », le peuple grec témoignait, il est vrai, d'un mépris égal à la haine des Hébreux pour les autres nations ; Liais, si cette répulsion ne s'explique pas suffisamment par la rivalité si fréquente entre voisins immédiats,et s'il faut invoquer des motifs d'ordre intellectuel pour justifier cette nntipathie, ne les cherchons pas particulièrement dans la 1 ifïérence de religion, mais songeons plutôt combien.pour 1 esprit net et délié des Hellènes, les conceptions touffues et primitivi'H dcK peuples d'Orient étaient incompréhensibles.
Vm effet, pas plus au point de vue religieux qu'à tous les autreM, Ich (jrre<^s n'ont eu le sentiment de l'universel. « Pour M' rcfinVent<T exactement le sentiment religieux d'un Grec, a dit Taine, il faut se figurer une vallée, une côte, tout Id piiynage primitif dans lequel une peuplade s'est fixée; ce
1. l'oiir pluH (Je détails, on pourrait consulter Voltaire, Traité de lu UjUratif.*', vh. XII et XIII.
'Z. J. Simon, op, cit.^ p. 102.
îi. \. (itojNKT, Hiat. de la littérature grecque, t. 1% Paris, 1885, p. 6.
l'antiquité et le christianisme 23
n'est pas le ciel en général, ni la terre universelle qu'elle a sentis comme des êtres divins, c'est son ciel avec son horizon de montagnes onduleuses,c'est cette terre qu'elle habite,ce sont ces bois, ces eaux courantes parmi lesquelles elle vit. ' » Ce caractère de localisation étroite, si favorable à la tolérance religieuse vis-à-vis des étrangers, ne fut d'ailleurs pas spécial au panthéisme des premiers âges de la Grèce. L'anthropomorphisme qui lui succéda de bonne heure ne fut guère qu'un travestissement de la religion primitive, et il conserva, entre autres caractéristiques, cette notion du dieu, non seulement national, mais même local.
D'autre part, en créant des dieux à son image, en leur attribuant toutes les faiblesses humaines, le peuple grec les rendait moins intangibles : par là seulement, les railleries d'un Aristophane ou d'un Lucien n'étaient plus sacrilèges. Quant aux interprétations hardies des philosophes, on comprendra mieux qu'elles n'aient que rarement provoqué des manifestations d'intolérance, si l'on songe à cette remarque de Taine : « Quand l'écho des discours philosophiques venait faire vibrer une âme rempUe de formes pittoresques, c'était pour y épurer et agrandir les figures divines. La sagesse nouvelle ne détruisait pas la reUgion ; elle l'interprétait, elle la ramenait à son fonds,au sentiment poétique des forces naturelles *. » Enfin, le caractère grossier et puéril de cet anthropomorphi8me,beaucoup moins séduisant que l'hylozoïsme primitif, contribua pour beaucoup à Ubérer l'aristocratie des superstitions populaires. « Dans l'Athènes du V^ siècle, l'aristocratie était bien plus sceptique que le peuple. C'est elle qui avait encouragé les sophistes ^. »
D'ailleurs, la mythologie des Grecs ne s'est même pas élevée au rang d'une véritable religion; elle n'a jamais eu ni révélateur, ni livres sacrés, ni doctrines métaphysiques et
1. Taine, Philosophie de Vart, » éd., t. ii, p. 246, et i6td., IV p., »;h. !<•', par. 3.