Taine, op. ciL, p
3. Croiset, Histoire de la littérature grerque, t. iv, Parif», 1891, p. 233.
morales ; il n'y eut que de rares tentatives d'organisation, tels l'orphisme et la réforme pythagoricienne *. D'autre part, le véritable culte, c'étaient les Jeux, l'amusement en l'honneur des dieux ; tout le reste, la prière et le sacrifice, n'était qu'une offrande morale ou matérielle en retour de laquelle la divinité, protectrice devait accorder au donateur un avantage déterminé . Or la caste sacerdotale, très puissante et très riche, avait intérêt à faire respecter ce côté le plus étroit de la religion grecque : elle s'efforçait donc, par des lois sévères et de fréquentes condamnations *, d'entretenir l'ignorance du peupleetde fortifier ses supei-stitions,et, d'autre part, les démagogues, pour des motifs faciles à comprendre, accordaient aux prêtres l'appui de leur influence. « Quiconque, a dit Voltaire, veut enseigner la raison à ses concitoyens est persécuté, à moins qu'il ne soit le plus fort, et il arrive toujours que le plus fort redouble les chaînes de rignorance au lieu de les rompre \ »
(.'ondorcet, avec beaucoup plus de force et de précision que Voltaire,a décrit cette lutte des prêtres grecs contre la philosophie : « Les prêtres, dit-il,voyaieiit avec douleur des hommes qui, cherchant à perfectionner leur raison, à remonter aux causes premières, connaissaient toute l'absurdité de leurs dogmes, toute l'extravagance de leurs cérémonies,toute la fourberie de leurs oracles et de leurs prodiges, ils craignaient que ces philosophes ne confiassent ce secret aux disciples qui fréquentaient leurs écoles ; que d'eux il ne passât à tous ceux qui, pour obtenir de l'autorité ou du crédit, étaient obligés de donner quelque culture à leur esprit ; et qu'ainsi l'empire sacerdotal ne fiit bientôt réduit à la classe la plus grossière du peuple, qui finirait elle-même par être désabusée. — li'hypocrisie effrayée se hâta d'accuser les philosophes d'impiété envers les dieux, afin qu'ils n'eussent
1. Janet .«t SfcAiLLKs, Histoire de la philosophie, Paris, 1899, p.800 01.