‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 118 sur 293 · Cf. ibid., 443- i · texte numérisé non relu

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nous l'avons vu, sa méthode n'était pas sans inconvénients. I/argumentation de Castellion n'était accessible qu'à une élite ; elle ne pouvait donc conduire à cett.e éducation générale des esprits de laqueUe seule pouvait naître la véritable tolérance. Ce défaut ne fut d'ailleurs pas spécial à Oa,st«Uion; nous le retrouverons chez d'autres penseurs pour qui la tolérance fut avant tout une question de principe. Mais, à côté de cette modération par principe, il en existe d'autres formes : on peut être t/olérant par tempérament ou, pour plus de précision, par bienveillance innée ; on peut l'être également pour des motifs d'ordre politique, c'est-à-dire pour des raisons d'utilité ; on peut l'être, enfin, par raisonnement et par intelligence. *

Or, ce dernier facteur de la tolérance est à la fois le plus important, et le seul sur lequel les partisans de la liberté de conscience doivent et puissent exercer une action. Chez la plupart des hommes, la tolérance ne pouvait naître qu'au détriment de la foi : affirmation qui peut sembler hardie, devant laquelle beaucoup ont reculé, e': qui cependant paraît exacte et, si l'on peut dire, expérimentale. Il fallait même autre chose que le recul de l'idée religieuse ; il fallait la constitution, en face des anciens dogmes, d'un véritable dogmatisme d'irréligion qui devint à son tour intolérant, du moins au point de \ue psychologique. C'est alors seulement, la thèse et l'antithèse étant posées, que pourront apparaître les antinomies actuelles, sinon irréductibles ; alors aussi, l'on s'apercevra que les crimes du fanatisme résultent précisément de la contradiction entre les divers dogmes ; car ceux-ci, se justifiant, non par des faits, mais par des raisonnements ou des traditions, sont tous plus ou moins susceptibles d'une démonstration logique, et par suite inspirent une égale confiance à leurs partisans respectifs. Devant cette révélation, les esprits les plus philosophes i)encheront en faveur du doute, au moins provisoire; mais la plupart, sans aller jusqu'au scepticisme, comprendront cependant la nécessité de réprimer la tentation si instinctive du dogmatisme ; ils

ne diront pas : « Que saÎB-je ? ^, avec Montaigne, mais, à toute affirmation, tel Rabelais, ils ajouteront : « Peut-être^ Or on ne saurait nier que œ soit là une condition presque suffisante pour l'avènement de la tolérance. C'est par raison qu'Erasme et Voltaire, satiriques et agressifs par tempérament, devinrent l'un et l'autre défenseurs convaincus de la liberté de conscience. Par conséquent, les écrivains philosophes qui aidèrent à cette libération de la pensée humaine devaient être, en ce siècle d'initiative, les véritables, mais inconscients apôtres de la tolérance.

Dans cette évolution du dogmatisme médiéval aux tendances relativistes et sceptiques du XVI* siècle, il f»ut distinguer au moins deux phases : dans la première période, tout un essor d'idées nouvelles, encore vagues et confuses, se manifeste dans le grand courant de la Renaissance; puis, dans la seconde, la Réforme prend naissance et s'organise, et la question religieuse occupe dès lors une place prépondérante. C'est à propos de religion que paraîtront de nouveaux manifestes philosophiques, tandis que le rationalisme italien du XV« siècle était simplement un succédané de l'humanisme. ♦X La Réforme, a dit Joseph Texte, en remuant toutes les consciences, en ébranlant tous les esprits, avait déchaîné une tourmente où la pensée française trouvait un alim^it à ses curiosités, une occasion de se révéler à elle-même et au monde. Parmi les grands prosateurs du temps, il n'y en a ^uère pour qui elle a'ait été au moins une raison de se recueillir, une mise en demeure de se prononcer sur certains problèmes. Peu à peu, et par la force des choses, la théologie sortait de l'école, se répandait dans le monde, forçait toutes les portes et trouvait le chemin de toutes les consciences. Ainsi, le problème de la Renaissance se déplaçait, et, du terrain de l'art, se transportait sur le terrain de la morale *. p

Qui voudrait indiquer tous les écrivains dont les tendances furent favorables à la pensée libre aurait bien des noms à

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