VOLTAIRK, Essai sur les mœurs, XI
l'antiquité kt le christianisme 25
pas le temps d'apprendre aux peuples que ces dieux étaient l'ouvrage de leurs prêtres *. » L'accusation d'impiété fut en effet le prétexte invoqué contre un grand nombre de philosophes, et, si tous ne furent pas condamnés,ils le durent au scepticisme ou plutôt au dilettantisme de l'aristocratie. Les prêtres en vinrent même parfois jusqu'à l'intolérance scientifique : Anaxagore ne fut-il pas poursuivi pour avoir déclaré que le soleil était plus grand que le Péloponèse '( L'école pythagoricienne avait été une des premières victimes de cet .«obscurantisme» sacerdotal. Mais les affinitésdu pythagoricisme et du parti aristocratique permettent de voir surtout dans la destruction de l'école la conséquence d'une réaction démocratique, c'est-à-dire d'un fait d'ordre politique.
La condamnation qui a provoqué le plus de controverses et dont les partisans de la tolérance, Voltaire tout le premier, se sont le plus souvent occupés, c'est évidemment celle de Socrate.
Si Voltaire est revenu si fréquemment sur cette question, c'est que maintes fois les partisans de l'intolérance chrétienne ou ceux qui du moins cherchaient à l'excuser, ont cru voir dans la condamnation de Socrate une justification de leurs doctrines. Or, dans cette polémique, l'apôtre de la tolérance posait tout d'abord une question préalable : « Vous cherchez, di8ait-il,'dans les républiques de la Grèce des exemples de la légèreté, de la superstition et de l'emportement de ces peuples ; vous en trouvez quatre ou cinq dans l'espace de trois cents années pour démontrer que la Grèce était intolérante et qu'il faut l'être. On démontrerait de même qu'il faut faire la guerre civile par l'exemple de la Fronde, de la Ligue, de la fureur des Armagnacs et des Bourguignons *. » Au surplus, l'exemple de Socrate était, à son avis, fort mal choisi.
1. CoNDORCKT, Esquisse d'un tableau histor. des progrès de V esprit humain, Pt;n>. 1822, p. 60-7.