‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 120 sur 293 · Copley-Chbistik. Etienne Dolet (trad. Striensky), p · texte numérisé non relu

Copley-Chbistik. Etienne Dolet (trad. Striensky), p

de la vie en elle-même; car, lorsqu'il parle de religion, toute inspiration lui fait défaut, et il redevient alors le disciple des grands rhétoriqueurs. Il avait »iussi, dans V Enfer y flagellé les gens de justice cruels et d'ailleurs injustes. Tout ceci peut valoir à Marot une place, si petite fût-elle, dans une histoire de la tolérance.

Par contre, Etienne Dolet semble n'appartenir qu'aux historiens de l'intolérance. Il est au premier rang parmi les martyrs de la véritable libre-pensée, et le bûcher de la place Maubert est certes plus connu que les idées exactes du malheureux imprimeur. Il semble du moins que Dolet fut, tout comme ce Rabelais dont il édita les œuvres, également hostile au catholicisme et au protestantisme. 11 fut renié par Calvin dans le De scandnlis \ mais, par contre, Théodore de Bèze, jeune encore, écrivit sur la mort de Dolet une ode qui ressemble singulièrement à une apologie ; néanmoins, ce supplice fut approuvé de tous les fanatiques, aussi bien des huguenots que des papistes, pour l'excellente raison que la doctrine ou, si l'on préfère, les tendances de Dolet conduisaient précisément à la tolérance.

Cependant, un scepticisme beaucoup plus explicite apparaissait dans le De incertitxvdine scieniiarum de Cornélius Agrippa ; des doctrines analogues avaient été déjà exposées au XV»^ siècle par Raymond Sebond ; bientôt, François Sanchez publiera son Quod nikil scitur, enfin, tout ce mouvement aboutira rapidement à Montaigne. Mais c'est seulement à la fin du XVl*' siècle que la doctrine sceptique se constituera pour ainsi dire. Jusqu'en 1 550, le doute resta en quelque sorte insconscient : il était plutôt une tendance qu'une opinion. Chez deux auteurs, de valeur assez différente d'ailleurs, mais moins qu'on ne le croit peut-être, ce doute s'appliqua tout particulièrement aux questions religieuses : ce fut chez Bonaventure Despériers, et chez Rabelais.

1. Cf. Des scandales, p. 74 de Tédition françaifle, Genève, 1550.

LE XVI* SIECLE 19 î

Voltaire, dans ses Lettres stir Rabelais et sur d'autres auteurs accusés d^ avoir mal parlé de la religion chrHienney a magistralement exécuté Despéricrs, en une page plus spirituelle que perspicace. « Despériers, dit-il en particulier, voulut faire en latin quelques dialogues dans le goût de Lucien : il composa quatre dialogues très insipides sur les prédictions, sur la pierre philosophale, sur un cheval qui parle, sur les chiens d'Actéon. Il n'y a pas, assurément, dans tout ce fatras de plat écolier, un seul mot qui ait le moindre et le plus éloigné rapport aux choses que nous devons révérer.... Le livre devint d'une rareté extrême ; nouvelle raison pour le croire infernal Il n'en restait plus que deux exemplaires dans l'Europe quand Prosper Marchand le réimprima à Amsterdam en 1 7] 1 . Alors, le voile fut tiré : on ne cria plus à l'impiété, à l'athéisme ; on cria à l'ennui et on n'en parla plus' . * C'est là un de ces jugements hâtifs qui ne font pas honneur à Voltaire, et qui d'^montrent que, non content de maltraiter le moyen âge, il eut en outre le tort impardonnable d'appliquer au XVI»^ siècle la critique toute littéraire, froide et compassée d'un Boileau, et de méconnaître ainsi les penseiurs auxquels il devait lui-même ses tendances les plus vigoureuses et les plus orii^inales. Le Cypnbalummnndi, sous sa forme volontiers obscure et toujours ironique, n'était rien moins, à vrai dire, que le manifeste d'im parti nouveau, de ceux qu'à ce moment on pouvait appeler les philosophes, mais qui, lorsque le spiritualisme cartésien envahira la philosophie, ne seront plus que les sceptiques. Pasquier disait : « Le Cymbalum de Du Perier est un lucianisme qui mérite d'estre jette au feu avec Tautheur, s'il estoit vivant *. >>

Despériers, en effet, joyeux conteur et fin poète, était en outre un philosophe des plus hardis. Il ne faut pas oublier qu'il passa la majeure partie de son existence dans ce Lyon

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