P. Stapfer, Rabelais, p
LE XVP SIÈCLE 199
vées, soutenu par les du Bellay, les GreoflFroy d'Etissac, il consacre tous ses efforts à obtenir le privilège royal, qui constituait, à l'époque, le seul palladium contre les haines ecclésiastiques et universitaires. 1 1 s'était d'ailleurs empressé de donner une seconde édition soigneusement expurgée de ses deux premiers livres, et il se brouilla avec Dolet, qui les avait courageusement réédités sans aucune modification. C'est grâce à toute cette diplomatie que Rabelais pourra publier impunément le Tiers Livre, où il avait, il est vrai, évité toute attaque même voilée contre la Sorbonne. Quant au quatrième livre, beaucoup plus hardi, il fut censuré par la Faculté de théologie et, en conséquence, interdit par un arrêt du Parlement ; mais les protecteurs influents de Rabelais réussirent à lui éviter des poursuites trop dangereuses; aussi Rabelais se contenta-t-il de renoncer à la moins importante de ses deux cures ; et, malgré toutes ses railleries sut les moines, la papauté, les « uranopètes décrétales », en un mot sur lés religions et peut-être aussi la religion, il resta cependant curé in partibus de Meudon et chanoine de Saint- Maur-des-Fossés. Bientôt d'ailleurs, sur les instances du frère de Coligny, le cardinal Odet de Châtillon, qui protégeait les réformés et se convertit par la suite à leur religion, Henri II autorisa même la publication du IV® livre, et les quelques mots agressifs par lesquels Rabelais se déclarait ouvertement hostile à Calvin, expliquent suffisamment qu'on lui ait pardonné une fois de plus ses attaques coutumières à l'adresse de l'Eglise. C'est ainsi que le satirique philosophe put mourir tranquille à Paris, tandis que, du groupe des libres penseurs lyonnais,ses deux amis Marot et Dolet étaient morts, l'un en exil, l'autre sur le bûcher, et Bonaventure Deepériers, redoutant le sort de l'imprimeur, avait luimême mis fin à ses jours.
On a voulu expliquer la situation privil^ée de Rabelais par le fait qu'il n'était pas hérétique ou, pour mieux dire, qu'il était plus qu'hérétique*. En tant que motif , ceci est
l. P. Stapfkb, op. cit., p. 324-6.
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in«ifti«„t : .1 ne faut p., oubUer que RabeUt. si peu qa-a 1. «t. Ka.t «pendit «clé«astiqae : or. ^ fc ha„ ^ f^
.»a, danger leK doc^Hne, phik«ophiquesTri.«..'r^ num^me. .1 n en était pas ainsi pour les simples 2^ merne k,r»qu ik se contentaient, comme RabeUb d7^* cher le* revenu» de leur paroiae : les supplices de liw V!î' S«. et ..„t d'alUeur. ,à ^ur témoigneî^'qu:^!'^'!!;:^^ orth^xloxie ne supportaient guère la Ubre pensée eh u! laïque», et à plus forte raison dans le clergé , Ce nesT pr>ur le« «euh huguenots que flambaient les bûcher, a ïf Perrens. Ik s'aUumaient comme deux-mémes pour la moto dre dissidence religieuse.sur un simple soupçon dalchiml ou de «orceUene . , Au XVI^ siècle, si quelques lib.«^. loHophe. purent ec-nre sans quU en résultât aucun dommTe pour leur persomie, ce fut grâce à un manque de perepicachl de la part des théologiens et du public. Il est fort LJZ que le« œuvres les plus hardies de cette époque aienTcT paru pour ce motif : pour un peu c'eût été le sort des Z'. logues de Despériers ; à côté de quelques allégories pTu vodees combien d'obscurités et d'* équivoque! » dans le Cf^ibalum / Les uns interprétèrent ce livi^ à rebours dau trc» y renoncèrent; la plupart enfin se contentèrent de ftr' mer le volume en le déclarant ennuyeux et bizarre. Il fallut donc qu un mdépendant sût se ménager d'influentes protections pour qu 11 osât exprimer sans trop de fard sa^nsée originale et hardie ; il fallut, en un mot, que RabelL fût prévoyant et par suite, privilégié, pour qu'une œuvre claire et significative sous son apparente e.xubérance pût échapper a l'Inquisition d'abord, et à l'oubli ensuite. Encore faut-Il souvent, chez. Rabelais, comme il le conseillait luimême, briser I os p„„r e» sucer la substantif ique moelle
Toutefois, il est exact que Rabelais ne penchait pas vers 1 Heresie. Il n'y avait rien en lui de dogmatique ; if fut un