rKRREXS, op. cit., p. 4J
véritable sceptique, car il n'agissait pas selon des principes, mais s'abandonnait à ses tendances. Et, quand bien même au début du siècle, alors que le mouvement religieux se confondait pour les lettrés avec la Renaissance, Rabelais eût accepté la méthode critique des réformés, quitte à repousser dans la suite le nouveau dogmatisme fondé par eux, il n'eût pas tardé néanmoins à renoncer au protestantisme, puisqu'il fut renié par Calvin lui-même, dans le traité Des scandales, au même titre que Despériers. Henri Estienne, dans son Ajyologie pour Hérodote, qui parut seulement en 1566, longtemps après la mort de Rabelais, devait d'ailleurs confirmer l'appréciation de Calvin : on sait, en effet, qu'au nom des réformés, il reprochait à Rabelais de jeter souvent des pierres dans leur jardin ' ; et l'on possède même une lettre de ce huguenot fugitif dans laquelle il reproche à ses persécuteurs, les théologiens parisiens, de n'avoir pas brûlé avec son livre cet athée, ce blasphémateur de Rabelais. Celui-ci, attaqué par les deux Eglises, par Calvin et par un moine obscur, Cîabriel Puits-Herbault, n'oublia ni les injures des huguenots ni celles des papistes ; car, comme conclusion d'une apologie de la nature opposée à la religion, il dira que cette dernière, l'Antiphysie, engendra « les matagotz, cagotz et papelars ; les maniacles Pistoletz, les demoniacles Calvins, imposteurs de Genève ; les enraigés Putherbes, briffaulx, caphars, chattemittes, canibales et aultres monstres difformes et contrefaictz en dépit de nature » ^. D'ailleurs, les trois voyages qu'il avait accomplis à Rome dans la compagnie du cardinal du Bellay n'avaient nullement produit sur Rabelais une impression analogue à celle qu'avait ressentie Luther. Dans ce milieu d'humanistes et de bons vivants, Rabelais se sentait à l'aise, et la sympathie qu'éprouvèrent à son égard un grand nombre de prélats influents, circonvenus pour ainsi dire par son amabilité, son savoir et