Rabelais, Livre III, p
LE XVI« SIÈCLK 211
Mais Panurge s'irrite de ce conditionnel : « Si feut, répond-il, condition a laquelle je peusse obvier, je ne me desespereroys du tout. Mais vous me remettez au conseil privé de Dieu, en la chambre de ses menuz plaisirs. Ou prenez- vous le chemin pour y aller, vous aultres Françoys ? * Cei)endant, Hippothadée, onctueux et disert, s'efforce de lui démontrer le bien fondé de cette assertion : « Quand je vous dy, s'il plaist a Dieu, vous fay-je tort ? Est ce mal parlé ? Est ce condition blasphesme ou scandaleuse ? N'est ce honorer le Seigneur, créateur, protecteur, servateur ? N'est ce le recongnoistre unicque. dateur de tout bien ? N'est ce nous declairer tous dépendre de sa bénignité ? Rien sans lui n'estre,rien ne valoir, rien ne pouvoir ,si sa saincte grâce n'est sus nous infuse ? N'est ce mettre exception canonicque a toutes nos entreprinses, et tout ce que nous proposons remettre a ce que sera disposé par sa saincte voulunté, tant es cieulx qu'en la terre ? N'est ce véritablement sanctifier son benoist nom ? Mon amy, vous ne serez point cocqu, si Dieu plaist. Pour sçavoir sus ce quel est son bon plaisir, ne fault entrer en desespoir, comme de chose absconse et pour laquelle entendre fauldroit consulter son conseil privé et voyager en la chambre de ses tressaincts plaisirs. Le bon Dieu nous ha faict ce bien, qu'il nous les ha relevez, annoncez, declairez et apertement descriptz par les sacres Bibles. » Finalement, le théologien promet à Panurge, au nom de l'Evangile, qu'il sera heureux s'il choisit une femme parfaite; toutefois, ce pourrait bien être là une peinture de l'épouse idéale selon Rabelais, si, d'autre part, il n'y avait en ce passage une telle exaltation des sentiments reUgieux qu'il faille nécessairement le tenir pour ironique.D'aîlleurs, Panurge s'empresse de riposter : ^< Vous voulez doncques, dist Panurçe, filant les moustaches de sa barbe, que j'espouse la femme descripte par Salomon? Elle est morte, sans point de faulte. Je ne la veis oncques, que je sçache : Dieu me le veuille pardonner *. * Par conséquent, on peut