Rabxlais, Livre III, ch, XXX, p
dégager de cette scène trois idées principales : d'abord, les plaisanteries coutumières sur le mariage; puis des railleries sur la Bible et sur l'absence de valeur actuelle, o'est -à-dire pratique, de la plupart de ses préceptes moraux ; enfin, une opinion très hardie, mais assez prudemment révélée, sur le rôle de Dieu dans l'univers. Il semble en effet que Rabelais, en bon disciple d'Epicure, veuille bien admettre un dieu transcendental , mais qu'il le tienne pour indiflFérent et superflu comme l'étaient les divinités du philosophe grec.
Ce qui enfin n'est nullement hypothétique et apparaît comme plus directement favorable encore au principe de la liberté de conscience, c'est la base même de la morale de Rabelais, le précepte qui constituait l'unique règlement de l'abbaye de Thélème : Fay ce qice vouldras , C!e.st là ce qui sépare Rabelais de la religion chrétienne commede toutes les religions constituées, car elles sont, par définition, basées gur le principe d'autorité. Mais ce principe,d'une morale hédoniste, d'après laquelle la liberté individuelle n'avait d'autre limite que les droits d'autrui, supposait une justification. Rabelais nous la fournit à l'instant : si Gargantua se contenta d'établir pour les Thélémites cette simple règle, c'est, dit Rabelais, « parce que gens libères, bien nayz, bien instniictz, conversans en compaignies honnestes, ont par nature ung instinct et aguillon qui tousjours les poulse a faictz vertueux, et retire de vice : lequel ilz nommoyent honneur. Iceulx, quand par vile subjection et contraincte sont déprimez et asserviz, destournent la noble affection par laquelle a vertu franchement tendoyent, a déposer et enfraindre ce joug de servitude. Car, nous entreprenons tousjours choses défendues, et convoitons ce que nous est dénié »*. Or c'est là le cœur de l'œuvre de Rabelais, le principe général, qu'il ne subordonnera par la suite à aucun autre, et qui restera le tentie de sa philosophiez c'est en même temps une doctrine bienveillanteet libérale, plus favorable (^ue toute au-