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tre à la tolérance de par ses tendances mêmes et de plus par le fait qu'elle ne s'attache à aucun dogme. Nul ne peut déterminer quelle fut exactement la part de scepticisme, la notion de la faiblesse humaine cachée sous le rire épanoui de Rabelais ; ce que Ton peut affirmer du moins, c'est que sa doctrine conduisait les esprits à la modération, à la générosité, on pourrait même dire à l'altruisme ; elle posait ainsi le facteur social et psychologique de la tolérance, tandis que Castellion, et avant lui Marsile de Padoue, avaient surtout m^s en relief la base légale ou, si l'on préfère, exclusivement morale, du droit à la liberté de conscience.
A ce point de vue, il n'est nullement exagéré ou paradoxal de considérer Rabelais, le « moine ivre » de l'ingrat Voltaire, le « grand railleur » pour beaucoup d'autres, comme un libérateur de la pensée humaine et, par suite, comme un véritable bienfaiteur de l'humanité.
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C5e fut sous le règne éphémère de François II que débutèrent en France les véritables guerres de religion : jusqu'alors, il n'y avait eu que des massacres plus ou moins juridiques. Mais, vers 1560, le nombre des protestants s'était beaucoup accru, malgré les persécutions ; d'autre part, ils pouvaient se grouper autour de gentilshommes, et constituer ainsi une armée dont le chef suprême était un prince du sang, Louis de Bourbon, prince de Condé. Du côté catholique, on manifestait toujours la même ardeur à réprimer l'hérésie. Au mois de juin 1 559, trois semaines avant sa mort, Henri II avait publié l'édit d'Ecouen, par lequel les juges étaient contraints de condamner à mort tous les luthériens pour le seul fait qu'ils professaient cette religion. Le jeune roi sembla favorable à cette polit que ; il était d'ailleurs soumis absolument à l'influence des oncles de sa femme, le duc de Guise
et le cardinal de Lorraine, les chefs de la réaction catholique. Ce sont les luttes entre la maison de Bourbon et la maison de Lorraine qui vont ensanglanter la fin du XVI* siècle. Or, comme elles sont plus politiques encore que religieuses, et comme, d'autre part, eUes intéressent surtout l'évolution du fanatisme, nous n'aurions pas à nous en occuper, si un homme dont le nom tient une grande place dans l'histoire de la tolérance n'avait joué à cette époque un rôle important dans le gouvernement, et réussi, malgré les circonstances adverses, à sauvegarder en plusieurs occasions le principe de la liberté de conscience.
Cet homme fut le chancelier Michel de L'Hospital, dont un de ses biographes à dit : « Il est certain que, si on l'eût écouté, il aurait fait proclamer par les Etats généraux de son temps lés Droits de l'homme, qui ne l'ont été que deux cents ans plus tard '. » L'Hospital, dans sa jeunesse, avait subi une double influence, ou du moins il avait pu se rendre compte, par comparaison, des avantages de la tolérance et de l'absurdité dangereuse du fanatisme. De 1523 à 1625, il avait étudié le droit à Toulouse, la ville de France la plus intolérante. Puis, après un séjour à Madrid, il poursuivit ses études à Padoue. L'influence de ce séjour en Italie sur les idées et le caractère de L'Hospital est incontestable * : l'esprit de la Renaissance animait encore la célèbre Université, et le jeune étudiant put vivre là dans un milieu indépendant, lire Elrasme et les premiers écrits des réformateurs, et d'autre part juger en toute connaissacede cause des faiblesses et des abus de la cour de Rome. Peu de temps après son retour à Paris, en 1 537, il acquit par son mariage une charge de conseiller au Parlement : à cette époque, L'Hospital n'est encore que l'humaniste tel qu'on le rencontre si souvent au début du XVI® siècle ; il se console des ennuis de sa pro-
1. ^I. Ampiioux, Michel de VHospital et la liberté de conscience au AT^ JwVr/f-. PHiis 1900, p. 23.