J. Simon, op. cit., p
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peut citer en particulier les refus de Montmorency, dans r Ile-de-France, de Longueville en Picardie, du président Jeannin, à Dijon, de Philibert de la Guiche, à Mâcon, du comte de Gordes, en Dauphiné, du comte de Tende, en Provence, de Saint- Herem en Auvergne,de Tanneguy le Veneur de Carouge, à Rouen, et enfin de la municipalité de Nantes, ville cependant catholique entre toutes *. De plus, on sait qu'on attribue à d' Or thez, gouverneur de Bayonne, une lettre où il disait à Charles IX : « Je n'ai trouvé dans la garnison que bons citoyens et braves soldats, et pas un bourreau. » Mais la réponse la plus simplement éloquente fut précisément celle du bourreau de Lyon, qui déclara : « Je ne tue que des coupables ^. »
Ce massacre démontrait au surplus combien étaient peu sincères les concessions accordées aux réformés par le traité de Saint-Germain. Et d'ailleurs, sincères ou non, les conditions stipulées dans ce traité étaient en réalité déplorables, bien qu'elles fussent en apparence larges et favorables à la liberté de conscience. Les réformés obtenaient, en effet, le libre exercice du culte dans deux villes par province et de plus les droits civils, c'est-à-dire l'accès aux fonctions publiques. Mais (et ceci d'ailleurs sur leur demande) on leur attribuait en outre quatre villes de sûreté, La Rochelle, CognaCjMontauban et La Charité,où ils pouvaient tenir garnison, c'est-à-dire où les princes de Navarre et de Condc, et vingt autres gentilshommes réformés désignés par le roi, pourraient assurer toute sécurité à ceux qui n'oseraient encoi-e braver ailleurs les haines populaires. Cette sécurité n'était qu'illusoire, puisque ces villes, et en particulier La Charité, furent atteintes par les massacres de 1572. Mais ce
1. Voltaire cite la réponse de Montmorin Saint-Hén^tn, déclarant au roi qu'il ne peut Cjue juger apocryphe la lettre C|u'il a iv(,'Ui» de lui. (Cf. VoLTATBE, Esfiai sur les guerres civiles de France.)
îi. Cf. on particulier, Guiw)t, Hist. de France, t. m, p. :i()l-2, ot les historiens de la Héfomie en France.
qui était plus grave, c'est que ron constituait ainsi cet « Etat dans l'Etat » qui, par la suite, devait être, une nouvelle cause de luttes entre protestants et catholiques; les réformés devenaient une faction politique avec un territoire et des chefs déterminés. Ces mesures furent confirmées par le traité de la Rochelle, le dernier qui fut signé du vivant de Charles IX. Dès lors, les protestants pouvaient espérer, non pas lutter à forces égales, mais du moins être à l'abri de toute persécution proprement dite. Une ère nouvelle s'ouvrait pour les guerres de religion : il était maintenant impossible qu'elles aboutissent à une extinction absolue du protestantisme, e , d'autre part,elles n'étaient plus une véritable lutte contre l'hérésie, mais bien une guerre civile, où les causes politiques devenaient non moins importantes que les questions religieuses Elles allaient donc nécessairement conduire à une solution favorable par certains côtés à la liberté de conscience, mais qui serait subordonnée aux fluctuations de la politique, et reposerait, non sur une évolution des idées vers la tolérance, mais bien sur la nécessité d'une
conciliation momentanée entre deux factions irréductiblement ennemies. Cette solution, ce sera l'édit de Nantes.
La seconde phase des guerres de religion ne fut pas signalée, comme la premiore,par des massacres. Mais les prédications fanatiques à l'intcrieur des deux partis et, d'autre part, l'ambition sans scrupules des chefs catholiques et protestants faisaient se multiplier les assassinats. La mort de Condé, prisonnier à Jamac, ressemblait singulièrement à un meurtre ; deux rois de France devaient encore périr assassinés, et, lorsque Henri III tomba sous le poignard d'un fanatique, il y avait quelques mois seulement qu'il avait fait massacrer lui-même, pour des raisons politiques, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. L'intolérance populaire,
savamment entretenue, applaudissait d'ailleurs à tous ces crimes '.
Cependant, tandis que les mœurs semblaient de moins en moins favorables à l'avènement d'une tolérance même relative, la liberté de conscience obtenait de fréquents succès sur le terrain politique. Malgré la Sainte-Ligue, organisée par Henri de Guise, ou peut-être précisément à cause d'elle, Henri III fut conduit peu à peu à se rapprocher des réformés ; le parti des politiques, composé de bourgeois et de magistrats et dirigé par le frère du roi, s'était d'aiUeurs allié lui-même aux huguenots. En 1 576,1e duc d' Alençon leur avait fait obtenir la paix dite « de Monsieur *, qui concédait plusieurs provinces aux princes alliés et accordait aux réformés de nombreux avantages, en particulier le libre exercice du culte dans tout le royaume, sauf à Paris ; un grand nombre de places de sûreté ; la « réhabilitation » des victimes de la Saint- Barthélémy ; la constitution de tribunaux mixtes ; enfin, l'annulation de toutes les sentences prononcées depuis Henri II pour cause de religion.
Ce traité, si imparfait qu'il fût, pouvait à la longue habituer les esprits aux idées de conciliation. Mais le parti catholique et les Guises ne l'entendaient pas ainsi: ceux-ci apparaissaient aux fidèles comme les seuls successeurs des Valois, car les Bourbons étaient hérétiques au premier chef. Le roi vit le danger ; mais, n'osant se tourner immédiatement du côté des réformés, il préféra chercher à supplanter le duc de Guise, et à se substituer, comme chef déclaré de la
1. « Dans cette compétition entre deux religions ardentes, dit J. Simon, dont chacune damnait l'autre, les âmes devenaient atroces. On s'habituait aitx massacres, on exaltait l'assassin. Poltrot, l'assassin de François de Guise, avait ses dévots dans le protestantisme. Jacques Clément fut mis dans les litanies. On exposa son portrait sur l'autel, entre deux cierges. Sa mère, ((iii demeurait dans un village des environs de Sens, vint à Paris poiu* demander une récompense, le prix du stmg que i>on fUs avait versé. Madame do Montpensier l'hébergea ; on fit pour elle une collecte ; quarante» moines In reconduisirent comme en procession à son départ. » (J. Stmok, op. cit., p. 134-5.)
Ligue, à ses chefs occultes, le pape et le roi d'Espagne : il en résulta naturellement de nouvelles guerres, mais les traités de Bergerac et de Fleix ne changèrent rien à la situation. Henri III cherchait en vain à dissoudre la Ligue ; elle se ranimait au contraire, et forçait le roi à se rapprocher plus ou moins sincèrement des Guise. Enfin, ne pouvant se débarrasser d'un rival chaque jour plus dangereux, et chassé de sa capitale par les fanatiques, Henri III l'ait assassiner le duc et s'allie à l'héritier présomptif du trône de France, Henri de Navarre : on pouvait se demander combien durerait cet accord essentiellement pohtique, lorsque le poignard de Jacques Clément vint trancher la question.
La situation d'Henri de Navarre paraissait alors singulièrement favorable : il devenait le représentant du parti national contre la coalition étrangère, et l'on ne trouvait à lui opposer que la candidature un peu ridicule du cardinal de Bourbon, Mais, à vrai dire, et quelle que fût la légalité de ses prétentions, rien n'était moins certain que son triomphe ; les haines religieuses ne pouvaient abdiquer et Henri III, instruit par les événements, avait bien jugé de la situation lorsqu'à son lit de mort, il lui affirmait qu'il ne pourrait régner qu'à la condition de se convertir. Il fallut que le chef des réformés, après avoir en vain appelé à la rescousse Hollandais, Anglais et Allemands contre les envahisseurs espagnols, en passât par là pour conquérir Paris. L'intolérance pouvait donc sembler victorieuse, n'eût été le caractère du nouveau roi et les idées d'une partie de son entourage. Les opinions sont assez partagées lorsqu'il s'agit de déterminer la pensée exacte d'Henri de Navarre en matière reUgieuse. Guizot, qui, en monarchiste « doctrinaire * et protestant convaincu, l'a étudié avec amour,prend le parti de diviser son règne en deux étapes ; il étudie d'abord Henri IV roi protestant, puis Henri IV roi catholique. C'est beaucoup dire dans un sens et dans l'autre ; mieux vaudrait, semble- t-il, ne pas s'arrêter à ces caractéristiques apparentes, et distinguer simplement dans ce règne la période
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de guerres et la période d'administration. Il y eut, en ce monarque, un chevalier et un homme d'Etat ; mais il n'y eut probablement en lui, à aucun moment de son existence, un dévot ni, à plus fort€ raison, un fanatique. Lorsqu'on parle d'Henri IV, il faut toujours songer à son aïeule Marguerite de Navarre et à son contemporain Montaigne ; il n'eut peut-être pas, il est vrai, la foi relative de la protectrice de Marot, et d'autre part, il eut ce qui manquait un peu au sceptique périgourdin, l'enthousiasme et la bravoure ; mais, somme toute, c'est par une synthèse de la tolérance de l'une et du relativisme de l'autre qu'on peut définir le plus simplement l'opinion d'Henri de Navarre, et expliquer aussi bien sa conversion intéressée que sa modération sincère.
Ce qui contribua aussi à assurer sous son règne une certaine liberté de conscience, ce fut ce qui se passa, au lendemain de son avènement, parmi les ennemis de la veille et même au sein de son entourage. On peut constater, dans l'Histoire universelle de d'Aubigné, avec quelle impudence les Ugueurs les plus farouches se ralUaient à la monarchie nouvelle, et avec quel empressement les courtisans protestants se convertissaient à l'instar du roi. On comprendra quelle devait être l'indignation des huguenots les plus fervents,et comment ceux-là mêmes qui, avec Sully *, furent les premiers à conseiller au roi de renoncer au protestantisme, sans d'ailleurs consentir eux-mêmes à l'imiter, le décidèrent aussi à prendre sous sa protection ses anciens coreligionnaires. Il avait d'ailleurs pour ministre ce Duplessis-Mornay, « le pape des huguenots », thélogien disputeur et politique modéré *, dont un quatrain de l'époque vantait la tolérance en disant :
qu'il fut fîdelle à sa Secte
Sans cstre infidelle à son Koy.
1. Cf. Sui.LY, Economies royales, coll. Michaud, t. ii, p. 81-100.
2. On soutient cependant qu'il est le véritable autour du Vindiaiœ contra tyrannos, longtemps attribué à Hubert Longuet, et où Ton pWn^he déjà le droit de résistance et la légitimité du régicide. (Cf. Revue Hist, nov. et décem. 1892.)
Henri IV commença par se concilier, dans les limites du possible, le parti catholique ; en 1595, il fixa, dans l'cdît de Folembray, les conditions, assez onéreuses, de sa réconciliation avec Mayenne ; le Parlement s'opposa jusqu'en avril 1 596 à enregistrer cet édit, si favorable pourtant à la pacification du rovaume. Cette mesure se rattachait d'aiUeurs à la réconciliation récente du roi avec le pape, que Mayenne avait lui-même fort approuvée. « Cela, disait Henri I Vdans les considérants de l'édit, nous a mieux fait sentir qu'auparavant le but de ses actions, recevoir et prendre en bonne part ce qu'il nous a remontré du zèle qu'il a eu pour la religion, et louée l'affection qu*ila montrée à conserverie royaume en son entier, duquel il n'a fait ni souiîert le démembrement lorsque a prospérité de ses affaires semblait lui en donner quelque moyen ; et ce qu'il n'a pas voulu faire non plus depuis qu'étant affaibli,il a mieux aimé se jeter entre nos bras que de s'attacher à d'autres remèdes qui pouvaient encore faire durer la guerre longuement, au grand dommage de notre peuple.C'est ce qui nous a fait désirer de reconnaître sa bonne volonté,de l'aimer et traiter à l'avenir comme notre bon parent et fidèle sujet*. » Mayenne, en effet, n'avait jamais été aussi cruel que les autres chefs catholiques; il semblait d'aUleurs bien désabusé en matière d'intolérance, et ce qu'il y a de certain, c'est qu'il resta jusqu'à sa mort l'allié le plus fidèle de la monarchie tolérante. S'il n'avait été un homme politique agissant pour son propre compte, on pourrait le comparer à ce Biaise de Montluc, qui, sur la fin de sa vie, retiré dans son château d'Estillac, racontait froidement les massacres qu'il avait dirigés par ordre du roi Charles IX > mais avouait aussi qu'il avait conçu quelques doutes sur l'efficacité réelle des persécutions, et se demandait s'il ne vaudrait pas mieux réunir toutes les forces du royaume dans a lutte contre l'étranger, plutôt que de les épuiser dans les guerres civiles.