Voltaire, Dieu et les hommes, XII
l'antiquité et le christianisme 57
comme on sait », qui parut en 1755. Voltaire, dont l'ineognito fut vite dévoilé, ne manquait pas d'introduire dans ce pamphlet quelques traits à l'adresse de ses ennemis personnels; mais il apportait aussi des affirmations précises sur les responsabilités respectives du peuple athénien, des prêtres et des juges, et enfin de Socrate lui-même, dans cette condamnation.
Il faut faire naturellement une part à l'exagération dans les hypothèses émises par Voltaire sous une forme toujours ironique. Cependant, il est bien possible que le peuple. ait tenu Socrate pour ♦ un de ces sobres et sérieux extravagants qui ont d'autres mœurs que les nôtres, qui sont d'un autre siècle et d'une autre patrie », pour « un insupportable raisonneur, qui corrompait les jeunes gens et qui les empêchait de fréquenter les courtisanes et les saints mystères ». Il est également possible que les prêtres aient dit en parlant de lui : 4 (C'est) un de nos ennemis jurés, qui pensent avoir rempli tous leurs devoirs quand ils ont adoré la divinité, secouru
l'humanité, cultivé l'amitié et étudié la philosophie S'il
y avait seulement dans Athènes cinq ou six sages qui eussent autant de considération que lui, c'en serait assez pour nous ôter la moitié de nos rentes et de nos honneurs »' ; et peutêtre avaient-ils chargé en effet quelques personnages sans scrupules de circonvenir habilement les juges de Socrate *. Enfin, il n'est pas impossible que ces derniers se soient dit : « Entre nous, Socrate a raison, mais il a tort d'avoir raison si publiquement », et qu'ils aient conclu : « Je suis bien aise, après tout, d'avoir fait mourir un philosophe ; ces gens-là ont une certaine fierté dans l'esprit qu'il est bon de mater » ^. Il est fort probable,d'ailleur8,que Socrate indisposa les esprits par des aphorismes dans le genre de celui-ci : « C'est le triomphede la raison de bien vivreavec les gensqui n'en ont pas » *.