Cf. MoNTAiONF, Efmaiê, l. I, ch. XL, in t. rs p
faire de ce même récit une éloquente protestation en faveur de la liberté de conscience '. C'est également avec calme que Montaigne s'extasie sur la force d'âme de cinquante hérétiques Albigeois, qui, « en la ville de Castelnau Darry, soufifrirent à la fois, d'un courage déterminé, d'estre bruslez vifs en un feu, avant desadvouer leurs opinions » *.
Deux considérations particulières devaient cependant faire de Montaigne un tolérant. C'était d'abord son grand bon sens et, si l'on peut dire, le rationalisme de ce cont'Cmpteur de la raison : s'il en faut donner un exemple, qu'on se rappelle son opinion sur les sorciers, qui, d'après lui, ont simplement « l'imagination blessée » ^. Quant à la seconde tendance qui devait conduire Montaigne à la modération, c'était sa haine instinctive de la cruauté.^Ceque j'ay de bien, dit-il en effet, je l'ay au rebours, par le sort de ma naissance ; je ne le tiens ny de Ioy,ny de précepte ou autre apprentissage, L'innocence qui est en moi est une innocence niaise ; peu de vigueur et point d'art. Je hay , entre autres vices, cruellement la cruauté, et par nature et par jugement, comme l'extrême de tous les vices *. » Il ne faut pas oublier non plus que Montaigne faisait preuve d'un bon sens et d'une bénévolence à peine admis à notre époque en reprochant aux Espagnols leurs ^vices à l'égard des peuples sauvages de l'Amérique **, et en raillant, deux siècles avant Montesquieu, ses contemporains de ce qu'ils se croyaient en droit de réduire à l'esclavage ou d'exterminer ces êtres humains, sous le simple prétexte qu'ils ne portaient point de hautsde-chausses ^.
Mais ce qui donne à Montaigne une toute autre impor-
1. Cf. J. Mariana, Hiêtoriœ de rébus Hispaniœ, Tolède, 1592, t. ii, 1. XXVI, cil. XllL)