CHAPITRE IV
Le XVII« Sièele
Au XVIP siècle, les guerres de religion ont cessé en France ; elles ne réapparaissent qu'en Angleterre et dans l'Europe centrale, et sous des formes assez dififérentes. Mais il y eut en ce siècle une politique et des intrigues religieuses. Nous étudierons donc quelle influence devait avoir sur la liberté de conscience ce nouveau mode de combat entre les divers dogmatismes. Toutefois, pour plus de clarté, il est absolument nécessaire d'établir une distinction très nette entre les deux moitiés du siècle ; et comme, en ce qui concerne la tolérance religieuse, l'époque de la Fronde ne présente qu'un intérêt secondaire, nous n'étudierons spécialement que les deux périodes suivantes : d'abord le gouvernement de Richelieu, puis les cinquante années (1660 à 1710 environ) que l'on a coutume d'appeler le siècle de Louis XIV.
Richelieu, au premier abord, semble avoir été le pire adversaire de la liberté de conscience. Mais cette erreur de point de vue est une conséquence naturelle des équivoques créées par l'édit de Nantes. Richelieu, en effet, ne refusait nullement aux protestants la tolérance que leur avait accordée Henri IV. Peut-être même l'eût-il volontiers étendue et complétée, si, d'autre part, il n'eût pas redouté les conséquences politiques de l'édit. si, en un mot, par nécessité gou-
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vemementale, il n'eût été hostile à ce parti, qui ne se contentait plus d*être religieux.
Certes, rien n'est plus inexact que l'affirmation suivante: « On ne peut nier que les réformés se soient, sous Louis XIIT, révoltés sans motifs valables '. * En tant que religion, le protestantisme avait évidemment droit à la liberté, et la faveur la plus insigne qu'il eut obtenue n'était encore qu'une tolérance toute relative. Seuls les partisans de l'ordre à tout prix pouvaient estimer illégitimes les soulèvements fréquents et les protestations incessantes des réformés. Mais, d'autre part, les rédacteurs de l'édit de Nantes avaient pressenti combien il serait difficile de sauvegarder les réformés, tolérés par le gouvernement, des haines populaires et du fanatisme des irréductibles. C'est pourquoi on leur avait accordé plus de deux cents places fortes dans lesquelles ils pouvaient vivre en toute sécurité ; ce privilège, à vrai dire, expira en 1 6 1 0, à la mort d' Henri IV, mais les protestants installés dans ces villes fortifiées en restèrent naturellement les maîtres, et ce furent là les citadelles de cet Etat dans l'Etat que redoutait Richelieu. Peu importait en effet au ministre la soUde organisation religieuse des réformés; c'était leur organisât ion poUtique qui l'inquiétait, et celle-ci,ilsla devaient au gouvernement lui-même. L'assemblée générale convoquée en 1611 à Saumur par la régente Marie de Médicis, avait en effet attribué aux protestants de nouveaux avantages qui les plaçaient dans une situation plus fausse encore, s'il était possible, que celle qu'avait créée Tédit de Nantes. Déjà, en 1601, Henri IV avait voulu compléter son œuvre en accordant aux protestants la présence à la cour de deux mandataires, choisis par le roi sur une liste de six noms, laquelle ' était établie par de véritables députés élus par les provinces, et réunis en assemblées générales. Ces assemblées avaient pris rapidement un caractère politique ; et cependant, la constitution de 1611, non seulement confirma ce droit à