‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 170 sur 293 · MiCHELicT, loc. cit., p · texte numérisé non relu

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conseilla et favorisa les dragonnades et obtint enfin la révocation de redit de Nantes.

On peut dire, en effet, que la responsabilité du clergé dans cette campagne de fanatisme fut considérable \ car ce fut l^on représentant le plus autorisé, le terrible, l'infatigable et inconscient fanatique Bossuet qui en dirigea, en somme, les opérations. Malgré ses tendances gallicanes qui le rendaient suspect à Rome, Bossuet réussit à faire condamner le quiétisme. D'autre part, il fit preuve d'un machiavélisme raffiné qu'on retrouvera plus tard, et en de tout autres circonstances, chez Robespierre, lorsqu'après s'être fait aider dans sa lutte contre le protestantisme par les jansénistes (qui n'étaient rien moins que tolérants), il se tourna au moment du triomphe contre ces alliés momentanés, pour le plus grand bien de l'orthodoxie. Pour Bossuet, théoricien du droit divin de la royauté, rien n'était plus logique que le fanatisme, la propagande par le glaive, la persécution en un mot, et, au besoin, l'extermination des hérétiques. Pour un dogmatique aussi convaincu, démontrer que les protestants ont < varié *, que leur doctrine ne fut pas immuable,c'était là une justification suffisante et définitive. Cette rigueur syllogistique du raisonnement de Bossuet explique d'ailleurs certaines de ses opinions, qui pourraient sembler contradictoires avec ses tendances générales *. Rien ne prouve mieux l'inconscience de

1. Il ne faut attacher qu'une importance relative à la protestation ■de Fénelon contre les dragonnades. Cf. O. T>ovBS,L' Intolérance de Fénelon, 2= éd., Paris, 1875.

2. NoiiB citerons pour exemple sa lettre du 15 juin 1698 à Tévêque de Mirepoix. 11 commence par déclarer qu'il n'est pas de l'avis de. l'intendant BâviUe,qui contraignait les réformés « mal-convertis * à se rendre à la messe, et à communier ; pour lui c'étaient là des sacrilèges. Puis il ajoutait : « Je ne vois qu'un cas de les pousser par des contraintes et amendes pécuniaires ; c'est celui où l'on sauroit que les foi blés qiii, ayant envie de revenir, en sont empêchés par la violence des faux-réimis, seront déterminés par l'autorité. Mais, comme le nombre de cenx-là en ce pays-ci est petit et que le grand nombre sans comparaison est celui des vrais opiniâtres, le remède que l'on propose aura en soi peu d'efficace. On pourroit les contraindre aux instructions ; mais, selon les connaissances

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Bossuet que la lettre pastorale écrite par lui aux nouveaux convertis de son diocèse quelques mois après la Révocation. 4( Aucun de vous, disait-il, n'a souffert de violences, ni dans sa personne, ni dans ses biens.... Vous êtes revenus paisiblement à nous, vous le sçavés *. * Pour un tel homme, la tolérance était une impiété. Le fanatisme sincère et conséquent ' du chef moral de l'église gallicane nous app€ffait d'une importance capitaleen ce qui concemel'histoiredela tolérance : ne démôntre-t-il pas, en effet, l'incompatibilité logique entre la modération spontanée et la foi réelle et profonde ? L'atti- . tude des jansénistes était d'aiUeurs non moins significative à cet égard, et nous trouverons bientôt, en étudiant le débat entre Bayle et Jurieu, un nouvel argument à l'appui de notre thèse.

Mais toute l'ardeur de Bossuet, si elle n'eût été soutenue par le glaive royal, n'eût pas augmenté dans une large mesure le nombre des conversions. Mme de Maintenon, en une lettre involontairement ironique, constatait que Pellisson, qui, en ces temps de misère, obtenait souvent des abjurations pour la modeste somme de six francs, était « plus persuasif * que Bossuet. L'exemple de Mme de Maintenon, encourageant Pellisson, soutenant Louvois contre Colbert, fondant Saint-Cyr pour y enfermer les jeunes protestantes nobles enlevées à leurs familles, et finalement obtenant du Roi la Révocation, est là pour témoigner une fois de plus qu'il n'y ; a pas de pire fanatique qu'un apostat, fût-il sincère ou non. Mais, comme on possède d'elle une lettre au comte d'Aubigné (qui peut-être avait cru bien faire en imitant le roi, le

que j'ai, cela n'avancera guère, et je crois qu'il faut se réduire à trois choses : Tune de les obliger d'envoyer leurs enfants aux écoles, faute de quoi chercher le moyeu de les leiu* ôtep : l'autre de demeurer fermes sur les mariages ; la dernière de prendre un grand soin de cotmoître en par» ticulier ceux de qui on peut bien espérer, et de leur procurer des instructions solides et de véritables éclaircissements ; le reste doit ^tre Teffet du temps et de la g^râoe de Dieu : je n'y sais rien davantage. •

1. B088UKT, Lettre pastorale aux nouveaux convertia, Paris, 1686, p. 7.

beau-frère, comme il disait lui-même) où elle le morigène de sa cruauté à Tégard des huguenots \ il est permis de supposer qu'elle fut non moins inconsciente que «M. de Meaux ». Quant à Louvois, s'il fut responsable, pour le principe du moins, des « missions bottées », de la « croisade dragonne », encore faut-il déclarer que son fanatisme et sa cruauté n'étaient nullement exceptionnels dans cette cour, qu'on a trop souvent présentée comme un modèle de civilisation intelligente et polie '. Pour un Molière, que le roi tolérait on ne sait trop par quel miracle, combien de Pellissons ; le « doux » Racine lui-même, le courtisan de Mme de Maintenon, ne sembla- t-il pas faire l'apologie de3 persécuteurs, lorsqu'il dit, dans Athalie, en parlant des lévites qui châtièrent les adorateurs du veau d'or, qu'ils furent :

de leurs plus cher.j parents saintement homicides !

Cette expression devait charmer Saint-Cyr et la cour.

1. « On in'tt porté sur votre compte des plaintes qui ne vous font pas lionneiir : v oiis maltraitez les huguenots, vous en cherchez les moyens, vous en faites naître les occasions ; cela n*est pas d'un liomme de qualité. Ayez pitié de j^ens plus malheureux que coupables ; ils sont dans les mômes erreurs où nous avons été nous-mêmes, et d'où la violence ne nous auroit jamuin tirés. Henri IV a professé la même religion, et plusieurs grands princes. Ne les inquiétez donc point ; il faut attirer les hommes par la douceur et la charité ; Jésus-Christ nous en a donné l'exemple, et telle est r intention du roi. C'est à voils à contenir tout le monde dans l'obéissance ; c'est aux évoques et aux cui'és à faire des conversions par la doctrine et par l'exemple. Ni Dieu ni le roi ne vous ont donné charge d'âme. Sanctifiez la vôtre, et soyez sévère pour vous seul. *>

2. « C'était un étrange contraste que, du sein d'une cour voluptueuse, où régnait la douceur des mœurs, les grAces, les charmes de la société, il partît des ordres si durs et si impitoyables. Le marquis de Louvois porta dans cette affaire l'inflexibilité de son caractère ; on y reconnut le môme génie qui avait voulu ensevelir la Hollande sous les eaux, et qui depuis mit le Palatinat en cendres. 11 y a encore des lettres de sa main, de cette année 1G85, conçues en ces termes : « Sa Majesté veut qu'on fasse « éprouver les dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se faire de « sa religion, et ceux qui auront la sotte gloire de vouloir demeurer les 4 derniers doivent être poussés jusqu'à la dernière extrémité. » (Voi*- TAiBE, Siècle de Louis XIV, ch. XXXVI.)

Certes, il faut rappeler les protestations de Saint-Simon con-Vtre les scènes terribles de cette guerre des Cévennes, qui fut 1 la conséquence de la Révocation *. Mais cette modération,/ toute relative d'ailleurs, n'était pas de mise à Versailles. Sr^ tous ne rêvaient pas de vengeance et de carnage, la plupart en étaient venus à penser, comme le clergé du moyen âge, que rien n'était plus impertinent que tous ces chercheurs de vérité qui troublaient le règne de l'Eglise romaine. Un document des plus significatifs à ce sujet est une lettre de Mme de Choisy, qui, chose curieuse et triste à la fois, était précisément une art'ière-petite-fille de Michel de L'Hospital. Ecrivant à une amie, elle disait en particulier, à propos des jansénistes : « Voyons s'il est juste qu'un particulier, sans ordre du Roi, sans bref du pape, sans caractère d'évêque ni de curé, se mêle d'écrire incessamment pour réformer la religion, et exciter par ce procédé-là des embarras dans les esprits, qui ne font d'autre effet que do faire des libertins et des impies.... Que messieurs les jansénistes, au lieu de remuer des questions délicates, qu'il ne favi point communiquer au peuple, prêchent par leur exemple ; j'aurai pour eux un respect tout extraordinaire, les considérant comme des gens de bien dont la vie est admirable, qui ont de l'esprit comme des anges et que j'honorerais parfaitement, s'ils n'avaient la prétention d'introduire des nouveautés dans l'Eglise *. *

Cependant, c'est moins peut-être par le fanatisme de la coût de Louis XTV que par les scrupules du roi, luttant alors contre la papauté pour l'Eglise gallicane, qu'il faut expliquer le paroxysme de persécutions qui précéda la révocation de redit de Nantes \ L'influence de Colbert ne put contre-balancer l'ascendant qu'avait pris sur le roi M'^Me Maintenon. D'ailleurs,il est fort possible que si, de toutes parts, on poussa

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