Ibid., p 3r
Le Commeniaire lui-même est divisé en trois parties : dans la première, Bayle s'attache à réfuter le sens littéral attribué au « compelle intrare » de l'Evangile ; dans la seconde, il répond aux objections que peut soulever son argumentation ; enfin, la troisième partie est une réfutation de Tapologie des convertisseurs à contrainte par saint Augustin*. Dans la première partie, Bayle commence par rappeler l'opinion de saint Augustin lui-même (DfH^, chr^'f,, 3* 1.) : « Tout sens littéral qui contient l'obligation de faire des crimes est faux » *, et, fort de cette autorité peu suspecte, il aborde une réfutation méthodique, après avoir préalablement fait remarquer que, si Dieu a donné la raison à l'homme, c'est pour qu'il l'utilise à examiner les vérités particu- Uères ; d'ailleurs, il ne servirait à rien d'imposer une religion par la force : « La nature de la religion, dit-il, est d'être une certaine persuasion de l'âme par rapport à Dieu, laquelle produit dans la volonté l'amour, le respect et la crainte que mérite cet Mtre suprême, et dans tous les membres du corps les signes convenables à cette persuasion et à cette disposition de la volonté, de sorte que, si les lignes externes sont sans un état intérieur qui y réponde, ou avec un état inté- ' rieur de l'âme qui leur soit contraire,ils sont des actes d'hypocrisie et de mauvaise foi, ou d'infidélité et de révolte contre la conscience ^. »
C'est précisément ce à quoi il songe lorsqu'il déclare, en premier lieu, que le sens littéral attribué au « compelle 'nirare » est inadmissible « par la raison qu'il est contraire aux plus distinctes idées de la lumière naturelle p. Il le réfute aussi « par la raison qu'il est contraire à l'esprit de l'Evangile » S et encore « par la raison qu'il bouleverse les bornes qui séparent la justice d'avec l'injustice, et qu'il confond le vice avec la vertu, à la ruine universelle des sociétés > ^ ;