‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 18 sur 293 · Acte/f des Apôtres, XVII · texte numérisé non relu

Acte/f des Apôtres, XVII

admettait indifféremment les dieux étrangers ; du moins, il est incontestable que Tintolérance, si elle exista en Grèce, fut politique et non religieuse, fortuite et non dogmatique, en un mot insconsciente et non volontaire.

Pas plus que le polythéisme grec, le polythéisme romain n'était intolérant. Cette religion était d'ailleurs particulièrement imprécise. L'imagination toute pratique du Romain ne lui a pas permis de se représenter ses dieux sous une forme bien déterminée. Ce ne sont pas les divinités presque humaines d'un peuple heureux de vivre comme la race hellène; ce sont les forces toutes-puissantes et inconnuesquise manifestent dans la nature, et que l'homme doit s'efforcer de rendre favorables par le respect et par les prières, puisqu'il ne leur peut résister. Dans ses invocations, le Romain disait toujours : « Qui que tu sois, dieu ou déesse,... ».

Cependant, le culte était minutieux, et la divination aurait pu exercer sur la politique romaine une influence prépondérante, si les Romains n'avaient su s'incliner en apparence devant les oracles, sans toutefois s'y conformer servilement : ils fermaient au besoin les yeux pour ne paa voir les signes défavorables à leurs projets. Enfin, comme l'a dit Voltaire, ce peuple « était incapable d'infliger des supplices barbares à ceux qui doutaient des augures comme Cicéron, augure lui-même, en doutait » '.

D'ailleurs, bien que le pontificat ait été longtemps pour les patriciens une source de privilèges civils, il est impossible d'étabUr une comparaison entre les pontifes romains et les castes sacerdotales qui régnaient dans les civiUsations antiques ; très souvent, le même homme d'Etat était successivement prêtre et magistrat. Et l'on peut voir, par ce fait,

1. Voltaire, Commentaire sur le livre des délits et des peines, VI.

l'antiquité kt le christianisme 31

que le culte des Dieux n'était encore à Rome, qu'un simple élément de l'organisation politique, et que, pour les Romains comme Ta dit Jules Simon, « la religion n'avait jamais été qu'un symbole de la patrie » ^

De plus, il est parfaitement établi que cette religion était faite d'emprunts, puisque ses divinités lui vinrent du Latium et de la Sabine, tandis que la divination et les augures étaient des survivances étrusques. Même aux époques plus récentes de son histoire, elle n'hésita pas à adopter des croyancesétrangères : par exemple, après la seconde guerre punique, on admit à Romeleculted'une idole d'origine orientale, Cybèle, la « Grande Déesse ». D'autre part, après la conquête de la Grèce, les vainqueurs s'assimilèrent la religion des vaincus, et il y eut une fusion à peu près complète entre la mythologie des Grecs et celle des Romains. Et à ce propos. Voltaire raisonnait ainsi : « La tolérance de toutes les religions, disait-il, était une loi naturelle gravée dans les cœurs de tous les hommes ; or de quel droit un être libre pourraitil forcer un autre être à penser comme lui ? Mais, quand un peuple est rassemblé, quand la religion est devenue une loi de l'Etat, il faut se soumettre à cette loi : or, les Romains, par leurs lois, adoptèrent tous les dieux des Grecs, qui euxmêmes avaient des autels pour les dieux inconnus^. » Mais ce qui nous semble encore plus caractéristique, et surtout plus significatif, c'est la cérémonie de « l'évocation », par laquelle les armées romaines cherchaient à soudoyer, pour ainsi dire, les divinités protectrices de leurs ennemis. « Ces sages conquérants assiégeaient-ils une ville,ils priaient les dieux de la ville de bien vouloir passer dans leur camp. Dès qu'elle était prise, ils allaient sacrifier dans le temple des vaincus ^ ». Bien plus, ces cultes étaient transportés à Rome, et l'on y élevait des temples aux dieux des peuples conquis.

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