VOLTAiBB, Dieu et les hommes, XIII
Ces caractères de la religion romaine expliquent suffisamment pourquoi il n'y eut pas à Rome d'intolérance philosophique. ♦ Nul peuple ne fut plus religieux, a dit Voltanre, mais aussi, il était trop sage et trop grand pour descendre à punir de vains discours *. » Disons qu'il ét^it trop incapable de considérer telle ou telle opinion religieuse comme un cas de conscience. La liberté absolue qu^il laissa aux philosophes, même aux plus hardis, tels que les épicuriens, en est la meilleure preuve. Si parfois on a pu soutenir que des philosophes avaient été poursuivis,c'est en faisant allusion à la loi De niathematicis urbe expellendis ; or Voltaire, tout le premier, a expliqué qu'elle visait non pas le« amateurs de la sagesse, mais bien « de misérables charlatans, diseurs de bonne et mauvaise aventure, des Zingari qui s'intitulaient CkaldéeriSy viathématiciens » * ; en réalité, il n'y eut jamais de décrets édictés contre les philosophes.
Une seule des lois romaines pouvait, à la rigueur,devenir un instrument de persécution. Cicéron nous l'a transmise sous cette forme :« Separatim nemo habessit deo6,n€ve novos: sed ne advenas, îitsi publiée adscitos, priinUim colunto*, » Comme les Romains ne songeaientguèreàinventerdesdieux nouveaux, le précepte n'est intéressant qu'en ce qui concerne les dieux étrangers; or non seulement on accorda l'hospitalité, le droit de cité à plusieurs divinités orientales, comme on l'octroyait aux peuples conquis, mais encore tous les cultes furent tolérés à Rome, jusqu'aux luttes contre la propagande chrétienne. Aussi bien cette tolérance s'expliquait-elle à la fois par l'absence de dogmes établis, pour le polythéisme national, et par la modération du Sénat, qui estimait, longtemps avant Montesquieu, qu' « il faut honorer la divinité et non la venger » * et dont Voltaire a sou-
1. Voltaire, Comment, sur le livre des délits et des peines, VI.