‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 188 sur 293 · Cf. ibid,, en particulier, p · texte numérisé non relu

Cf. ibid,, en particulier, p

4. Réflexion sur Us droits de la conscience..., Utrccht, 1G97. — Klio Saurin réfutait à la fois lo Commentaire et la réponse de Jurieu,

lî)

définitivement à la majorité des protestants et d'inspirer à Barbejrrac en particulier un nouveau plaidoyer * en faveur de la liberté de conscience universelle et intégrale.

Ainsi, d'Huisseau, Pajon, Aubert de Versé, Allix, Le Cène, Isaac Papin et Gédéon Huet au XVII^ siècle, au XVIII* Barbeyrac, telle est à peu près la descendance de Castellion, tels sont avec lui les fondateurs du protestantisme libéral.

Bayle ', lui aussi, par certains côtés, ressemblait à l'adversaire de Théodore de Bèze : comme lui, il était érudit et, d'autre part, habile à tirer parti des contradictions de l'adversaire. Mais, tandis que Castellion avait encore le culte de» autorités, et semblait trop souvent croire qu'une citation équivaut à un argument, Bayle était un raisonneur. C'est de son «génie critique», selon l'expression de Sainte-Beuve, que résulte l'ironie souvent très savoureuse de son argumentation. Or Castellion n'avait pas l'esprit essentiellement critique; à plus forte raison n'avait-il rien d'un sceptique; malgré sa lutte contre l'intolérance de Calvin, il était resté attaché de cœur au christianisme, tandis que Bayle, irrité par les attaques de Jurieu, s'était séparé avec éclat du parti protestant par son Ams aux réfugiés et par sa Réponse d'un nouveau converti à la lettre d'un réfugié, où il faisait précisément remarquer que <- Castalion » n'avait pas protesté d'une façon formelle contre le supplice de Servet.

Voltaire, qui fut moins ingrat à Tégard de Bayle qu'à l'égard de ses autres précurseurs, dit quelque part :

l. Jtuni Baubeyu.\c, Traité de la rtioralc dee Pères de V Eglise, Amstordaui, 17*i<i.

'2. On tri)u\C' aussi <le noriibix^iix arguments en faveur <le la tol«rauco cUris le Dictionnaire historique et critique. Toutefois, après uiu^ analyse détaillée du (^omvientair*:, nous ii'a\'on8 pas jugé indispensable de les t'Xposer. Ce Iravivil a d'ailleurs été fait dans l'ouvrasje sui\ant : Lueien Danois, Bai/le et la tolth-ancc, Paris, 1002, p. 108-nO.

On pourr;i constater en partieulier, par Joxainen du Dirtionnaire. <jue Ha\lo fonnaissait les œuvres de 5*t^s prédécesseur-^, ("f. les article-» /?':r, Castalion, Koornherl et MUton.

LR XVn* SIÈCLE 295

«Tabandoime Platon, je rejette Epicure, Bayle en sait plus qu'eux tous ; je vais le consulter : La balance à la main, Bayle i^prend à douter ; Assez sage, assez grand pour être sans système, Il les a tous détruits et se combat lui-môme '.

C'est peut-être beanooup dire : celui qui, pendant sa vie entière, combattit Fidéa religieuse sous toutes ses formes (car il ne faut pas oublier que la seconde partie de la Théodicée est dirigée spécialement contre Bayle), et qui fut Tadversaire de la religion autant qu'il était celui des religions ^, ne peut être taxé de scepticisme absolu. Il n'eut pas de système, c'est possible ; il n'eut qu'un idéal d'apparence négative, la tolérance, mais du moins il eut un instinct,une tendance invincible : l'irréligion ; or nous sommes loin de penser que ce soit nécessairement là une forme du négatidsme. C'est par là d'ailleurs que Bayle marquait un progrès sensible dans la marche des idées favorables à la liberté de conscience, puisqu'il prêchait à la fois la tolérance, le scepticisme en général et l'incrédulité en particulier, puisqu'il semblait synthétiser en son œuvre l'esprit de Castellion, de Montaigne et de Bonaventure Despériers.

Depui- Henri VllI, T Angleterre avait souffert tour à tour du fanatisme protestant et du fanatisme catholique. Mais, comme ses souverains, lorsqu'ils étaient partisans de la réforme, se |)roelamaient chefs de la religion anglicane, il en résultait que les questions religieuses se trouvaient, en Angleterre, si intimement liées aux questions politique-* qu'il est très diflfieile de distinguer, d<Tns ces périodes de troubles et de révohitions, entre ce qui relève du fanatisme ou des idées

J. \'c)ltaikt:, PtMtnr sur h désastre de Lisbonne,

2. Cf. \.\ rntifpif <!<• Mnr>(os(jiiien, Esprit des lois^ XXI V. (h. II Vil.

de tolérance et ce qui constitue plutôt des manifestations de despotisme ou d'indépendance politiques.

Cependant, au début d[ji XVIP siècle, sous le règne de l'autocrate Jacques I^^, Tintolérance à l'égard des catholiques prit en Angleterre une forme particulièrement aiguë ; et cette situation devait nécessairement s'aggraver, puisqu'il se constituait même un parti de fanatiques repoussant toutes les survivances du catholicisme romain qu'admettait la religion anglicane. Les idées républicaines, ou du moins libérales, se fondirent bientôt avec ce mode d'opposition religieuse, si bien qu'il en résulta la constitution d'un nouveau parti politique, assez analogue au parti protestant français. « Ainsi, dit Macaulay, le schisme religieux et politique qui avait pris naissance au XVI*^ siècle ne fît que s'élargir de plus en plus pendant le premier quart du XVII<^ siècle. Des théories qui menaient droit au despotisme turc étaient à la mode à Whitehall; des théories tendant au républicanisme étaient en faveur auprès d'un grand nombre de membres des communes. Les prélatistes violents, zélés comme un seul homme pour la prérogative royale, et les puritains violents, zélés comme un seul homme pour les privilèges du parlement, se trouvaient en présence, animés d'une animosité mutuelle bien plus grande que celle qui, dans la génération précédente, avait existé entre les catholiques et les protestants *. »

Les théories sur le droit de résistance, que les protestants français avaient inaugurées au siècle précédent, furent reprises avec beaucoup de succès par les puritains en Angleterre. Elles conduisirent à la révolution de 1648. On craignît que Charles l<=r n'améliorât le sort des catholiques,qui avaient été jusqu'alors sévèrement traités. « Bannissement, et, en cas de récidive, condamnation à mort des prêtres officiant dans le royaume; lourd tribut, imposé aux papistes, comme à des esclaves, telle était la législation britannique. Ce ne

l. Macaulay, Histoire d'Angleterre depuis Vavènetncnt de Jacquet* Il (trad. Mont<5'jîut), ch. l'r.

fut que par un article secret de son contrat de mariage que la sœur de Louis Xill, en épousant Charles P', obtint la faculté d'avoir une chapelle dans son propre palais. Le roi d'Angleterre déclarait ouvertement « qu^I'se souciait peu « que l'on dît des messes dans son Etat, pourvu qu'il de- * meurât paisible ».Mais le peuple ne l'entendait pas ainsi * . *

Cette première révolution d'Angleterre mériterait simplement d'être mentionnée comme une manifestation caractéristique d'intolérance religieuse, si un homme qui joua un rôle, secondaire il est vrai, dans le parti de Cromwell, le poète Milton, n'avait précisément écrit en faveur de li^ liberté de conscience *. ^

Milton, plus encore que Bayle, est véritablement un homme du XVI*^ siècle. C'est à son sujet que Taine a dit : « La scolastique n'est pas loin ; elle pèse encore sur ceux qui la détruisent. Sous cette armure séculaire, la discussion marche pédantesquement, à pas comptes 3. » Il y a en effet du théologien dans le Livre de la Réformation et VAreopagetica,et , qui plus est, du théologien puritain, caractéristique qui pouvait sembler peu compatible avec les idées de tolérance. Mais ce qui davantage aurait dû conduire Milton au fanatisme, c'est qu'il n'était pas seulement théologien et pamphlétaire, il était encore poète, et chez lui, selon Tadage, l'indignation créait le vers. « Milton haïssait à plein cœur » \ et la vigueur de son style était née de ses fortes haines. «Les croyances et les volontés, a dit Taine, dissoutes par la tolérance universelle et par les mille chocs contraires des idées multipliées ont engendré le style exact et fin, instrument de conversation et de plaisir, et chassé le style poétique et rude, arme de guerre et d'enthousiasme ^\ » Cette révolution

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